Il régnait une humeur très positive au Grand Palais ce 20 octobre, jour d’ouverture de la 38ème Foire Internationale d’Art Contemporain (FIAC) de Paris. Peut-être était-ce le grand soleil qui inondait de lumière la verrière ou peut-être était-ce la grande quantité et grande qualité des œuvres d’art moderne et contemporain présentées.
Quoi qu’il en soit, cela semble avoir engendré beaucoup de ventes précoces à cette FIAC 2011, y compris des œuvres coûteuses comme deux peintures de Nicolas de Staël; une collection de poissons de Damien Hirst; ou une sculpture au néon bleu-blanc-rouge de Dan Flavin créée en 1989 pour le 200ème anniversaire de la révolution française.
La FIAC, qui s’ouvre chaque année juste après la foire d’art Frieze à Londres, a longtemps présenté un mélange de contemporain moderne et de moderne classique, avec une présence forte du dernier-moderne (ou du contemporain le moins nouveau). Cette année le catalogue comportait 11 œuvres de Richard Prince, 12 d’Andy Warhol et 12 de Donald Judd. Plus trop, trop contemporain, donc…
Malgré la présence des galeries internationales, une prise de risque minimale, et des prix très haut-de-gamme, la FIAC attire aussi un public plus jeune, et des jeunes exposants qui cette année pour la première fois, pouvaient exposer dans les niveaux supérieurs du Grand Palais plutôt que dans des emplacements à la marge..
Au bout de 5 jours d’événement, 68.000 personnes avaient visité le Grand Palais, ce qui représente une augmentation de 6 % par rapport à l’an dernier, selon les organisateurs.
La FIAC, qui a réinvesti le Grand Palais en 2006, vient se placer parmi les toutes premières foires internationales d’art. Bien que la FIAC soit plus ancienne que la Frieze de Londres, qui a commencé en 2002, la foire londonienne, avec son positionnement clair sur ce qu’il y a de plus nouveau, avait retenu plus l’attention les années précédentes. Mais la Frieze prévoit d’ajouter un espace pour les artistes déjà consacrés l’année prochaine, tout en exposant des œuvres plus modernes que contemporaines. Cela la rapprochera du salon de Paris, qui connaît maintenant plus de succès. Ceci peut refléter une tendance à quitter les rivages plus risqués de l’art le plus contemporain, parce que les collectionneurs et les investisseurs sont attirés par des artistes plus sûrs, plus reconnus.
Jennifer Flay, directrice de la FIAC depuis 2004, estime que la combinaison d’ancien et de nouveau (dans l’art contemporain) a été toujours au cœur de l’identité de la FIAC. « C’est très important dans une ville comme Paris de maintenir la présence du passé, » a-t-elle expliqué au New-York Times.
Quelques galeries en moins ont été invitées cette année – 168 comparé avec 194 l’année dernière – à cause de la perte de l’espace supplémentaire de la Cour Carrée du Louvre, qui est maintenant fermée pour travaux.
Bien que la proportion de galeries françaises soit légèrement en recul, à environ 32%; à la FIAC, le 77 % des galeries sont européennes, comme le sont aussi la plupart des collectionneurs qui la fréquentent. Ceci peut expliquer la bonne résistance des ventes ces dernières années, comparé avec les hyper-foires d’art plus étroitement liées au monde financier. « Il y a beaucoup de docteurs, d’avocats, de gens de la mode, des propriétaires de chaînes de supermarchés, des gens du luxe, qui achètent ici, » a dit Mme Flay. « C’est une population très large, et c’est peut-être pour ça que nous n’avons pas pris des coups si durs. »
Je dois commencer par affirmer, pour qu’on n’ait pas de doute à ce sujet, que j’aime l’art et les arts plastiques en particulier, et que l’art contemporain m’attire, ce que prouvent assez certaines pièces de ma Collection.
Je pourrais évidemment préciser que j’aime le bon art contemporain, mais en ce cas le degré d’excellence n’est qu’une question de perception personnelle, car il n’y a pas d’échelle de la beauté qui puisse être appliquée globalement. En revanche il existe bien la vibration personnelle et les opinions partagées.
En me référant donc à ma perception personnelle, ainsi qu’au ressenti collectif exprimé sur place ou à des commentaires publiés, j’ose affirmer que l’ »installation » de Hans-Peter Feldmann, présentée actuellement au Guggenheim Museum de New York, est du grand n’importe quoi
Mais qui est Hans-Peter Feldmann ? Feldmann est un artiste allemand né en 1941 amplement reconnu comme figure à part de l’art conceptuel, ayant travaillé dans le domaine des livres d’artiste et dans beaucoup d’autres formats. En 2010 il a été lauréat de la 8ème biennale « Hugo Boss Prize », récompensé par le droit de présenter une exposition au Guggenheim de New York, qui a été effectivement programmée entre mai et novembre 2011.
Et qu’a-t-il créé pour cette exposition ? Eh bien, il a tapissé quelques murs du Musée de billets de 1 dollar, ou plus exactement il a mis 100.000 billets côte à côte, utilisant ainsi sa dotation du Prix. L’exposition occupe 9 murs du Musée c’est-à-dire une longueur totale de 45 mètres par 5 mètres de hauteur. Dit autrement, 100.000 vignettes ayant cours légalj’espère, parce qu’on ne nous permet pas d’approcher ou de toucher l’’œuvre’, occupent une surface de 225m ².
Je pourrais convenir qu’il s’agit d’une œuvre artisanale réussie ou d’une action de bricolage singulier, mais considérer cela comme œuvre d’art me semble une imposture. Comme dirait Michel Polac (dans « Hors de soi ») « créer pour vivre ou vivre pour créer : voilà la différence entre l’artisan et l’artiste ». Dans ce cas concret, il me semble que Feldmann a créé pour vivre, seulement pour vivre. C’est bien dommage!
Jean Clair a publié cette année un livre intitulé « L’hiver de la culture », chez Flammarion, Collection Café Voltaire. Un livre acide mais aussi révélateur, lucide, à la fois pessimiste et avec une pointe d’amertume.
Qui est Jean Clair ? C’est un personnage bien connu dans le monde de l’art. Docteur ès lettres de la Sorbonne et docteur en philosophie de l’Art au Fogg Art Museum de l’Université de Harvard, il débuta comme chroniqueur d’art de la Nouvelle Revue française. Reçu au concours de conservateur en 1966, à 26 ans, il est successivement conservateur assistant des Musées de France, conservateur au Musée National d’art moderne, du cabinet d’art graphique du Centre Pompidou, conservateur général du Patrimoine et directeur du Musée Picasso de Paris. Il a également été commissaire d’un grand nombre d’expositions, professeur d’histoire de l’art à l’Ecole du Louvre et fondateur des Cahiers du Musée d’Art Moderne. De plus, il est membre de l’Académie française. Voilà donc quelqu’un qui connait bien ce milieu et qui prend régulièrement part aux débats entourant l’art contemporain et la diffusion de l’art.
Dans ce livre-pamphlet, Jean Clair annonce avec vigueur un âge glaciaire de la culture comme signe d’une crise de civilisation. Il s’attaque à la perte du sacré et au recul de la religion et il se demande si les œuvres d’art peuvent encore faire sens pour ceux qui les regardent…Il s’attaque aussi à un public incapable de comprendre les œuvres du passé et n’ayant que les artistes contemporains qu’il mérite. Des artistes qui aujourd’hui, contrairement aux avant-gardes du XXe Siècle, ne rêvent que d’entrer au musée « avec la mine contrite et réjouie du roturier admis dans la noblesse ». Et d’ajouter que les musées les accueillent de bonne grâce puisqu’ils sont devenus un rouage essentiel du marché de l’art…Jeff Koons ou Damien Hirst en sont la preuve.
Jean Clair est assez pessimiste sur l’avenir d’un art au service des financiers et des pouvoirs, un art dirigé comme des produits financiers, un art des masses qui ne comprennent pas ce qu’elles regardent, des masses qui font de longues queues devant les musées pour des expositions temporaires « fashion », une prétendue démocratisation qui cache un paresseux conformisme…un business sans illustration.
Avec un optimisme raisonnable, je voudrais croire que l’hiver décrit par Jean Clair laissera place bientôt à un prometteur printemps, même si lui n’y croit pas trop. A côté du pessimisme éclairé j’aimerais voir un optimisme aussi éclairé. On peut être ou non d’accord avec Jean Clair, mais à mon avis, il est salutaire de le lire pour être secoué et pour réfléchir sur l’art et le monde de l’art qui nous entourent.