01/27/2012 | Pas de commentaires

Lustres design, murs de couleur, parquet de chêne foncé, nous ne sommes pas dans le dernier restaurant à la mode de Philippe Starck mais au Musée d’Orsay. Il y a vingt-cinq ans, l’architecte Gae Aulenti avait imposé un décor minéral: murs crème et sols de pierre. Notre époque est devenue frileuse, elle a besoin de confort: un musée n’est plus une cathédrale, il fait salon.

Il a fallu deux ans de travaux pour redéployer plus de la moitié de la collection dans trois espaces entièrement reconfigurés. Si la nef reste à l’identique, les versants latéraux, le long de la Seine et le long de la rue de Lille, sont métamorphosés, gagnant en surface et surtout en lisibilité.

Les amateurs qui se bousculaient auparavant dans le dédale des salles étroites dévolues aux maîtres impressionnistes vont découvrir une galerie d’un seul tenant au cinquième étage du Musée. L’architecte Jean-Michel Wilmotte a dégagé les volumes, laissant apparaître les structures métalliques d’origine; il a aussi misé sur la lumière du jour, avec l’apport imperceptible d’un éclairage artificiel modulable. L’épopée impressionniste court désormais sur cent mètres, couvre deux mille mètres carrés et ouvre sur le Paris que Caillebotte a su si bien peindre.

« Le déjeuner sur l’herbe » de Manet, qui marque à mon avis le début de l’art moderne, ouvre le parcours. Ce dernier se clôt sur les « Nymphéas » de Monet, qui annoncent déjà une nouvelle forme d’art abstrait. Entre les deux, les paysages de Sisley dialoguent avec ceux de Pissarro et les danseuses de Degas avec la « Liseuse » de Renoir. Les cadres dorés retrouvent de leur chaleur et les couleurs impressionnistes de leur éclat.

Les quatre niveaux qui conduisent à cette spectaculaire galerie impressionniste sont dédiés aux arts décoratifs du début du XXe siècle. Autre révolution d’espace signée cette fois-ci Dominique Brard. Voici, à portée de main, sans vitre ni cordon de protection, les chaises en bois courbé d’Adolf Loos et la rectitude des secrétaires de Charles Rennie Mackintosh. Voici surtout la magie des intérieurs domestiques qui renaît grâce à l’agencement simultané des meubles, objets, tableaux et sculptures.

Le seul Klimt du Musée, floral et sensuel, resplendit derrière une table et un fauteuil d’Otto Wagner, non loin d’une très belle vitrine en bois incrusté de nacre de Carl Witzmann. Les trois panneaux champêtres que Vuillard avait peints pour le salon du prince Bibesco sont à nouveau réunis.

Dans le troisième pôle de réaménagement, la galerie « Françoise Cachin »,  et sur fond bleu gris sont rassemblés tous les maîtres post-impressionnistes, de Gauguin à Van Gogh, de Moreau à Redon. Autres merveilles, autres frissons. Ce n’est pas une rénovation, c’est une renaissance. La renaissance d’Orsay!


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01/20/2012 | Pas de commentaires

Un homme court, fébrile, le téléphone à l’oreille, sous la verrière du Grand Palais, à l’occasion de la FIAC fin octobre. Cet homme est Guillaume Houzé, collectionneur et mécène, qui projette pour 2013 une fondation d’un genre tout nouveau en plein coeur du Marais parisien.

Son mécènat à la FIAC a commencé  par un prix, le prix Galeries Lafayette initié il y a deux ans, comme une sorte de soutien de la scène contemporaine émergente. Il rassemble dix galeries d’art sélectionnées par un jury pour la qualité de leur programmation prospective et sur la base d’un projet spécifique pour la FIAC. Cette année le prix est tombé dans les mains d’Helen Marten, une jeune Anglaise qui va avoir une exposition à la Kunsthalle de Zurich l’été prochain.

En six ans, ce jeune homme a pris de l’étoffe. En fêtant le septième anniversaire de l’exposition « Antidote », cet ambitieux discret a gagné le respect de ses pairs. Son ascendance lui a sûrement facilité l’accès à une notoriété rapide dans le milieu de l’art. Avec sa grand-mère de 84 ans, présidente du conseil de surveillance des Galeries Lafayette et petite-fille du fondateur de la maison, il a eu l’idée d’organiser une exposition d’artistes français dans la Galerie des Galeries, au premier étage du magasin du boulevard Haussmann.

Pour lui, « un grand magasin est un lieu d’achat mais aussi de visite. Il donne une visibilité aux artistes dont nous produisons les pièces que nous achetons ensuite pour constituer une collection riche d’ensembles monographiques ».

En soutenant d’abord la scène artistique française, ce mécène a pris le contre-pied d’une fâcheuse habitude qui consiste en France à starifier des artistes étrangers. Curieusement, ce directeur adjoint marketing n’a jamais cédé aux phénomènes de mode. Au fil des ans, son oeil s’est aiguisé et la collection s’est élargie pour comprendre aujourd’hui 300 oeuvres de 96 artistes de tous pays qui appartiennent à sa grand-mère et à lui-même. Tous deux envisagent de créer un fonds de dotation, plus souple juridiquement, qui mette à disposition des oeuvres pour la future fondation.

Ce ne sont pas les projets qui lui manquent: ceux de mécènat, comme le partenariat avec la Villa Noailles à Hyères, le Centre Pompidou mobile, ou l’exposition Jean-Paul Goude au Musée des Arts décoratifs. Mais aussi ceux plus privés comme la future fondation dédiée à l’art mais aussi à la mode et au design…qui accueillera un centre de production sur place et une résidence pour les artistes.

Il fonce en vrai militant de l’art contemporain: activiste, mécène, collectionneur, producteur, aiguilleur,…Et si c’était ça le nouveau cercle vertueux de l’art contemporain?


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01/13/2012 | Pas de commentaires

Récemment, dans le cadre des « Lundis du Grand Palais » à Paris, j’ai eu la chance d’assister à un intéressant débat à  ce sujet. Alain Jaubert, Claude Mollard, Nathalie Heinich et Thierry Geffrotin étaient les protagonistes de cette séance.

J’aimerais en restituer ici quelques conclusions et esquisser mes propres idées sur cette question.

Tout d’abord, la question « faut-il connaître pour..» ne semble pas la plus adéquate pour initier la réflexion. Probablement il faut admettre  qu’il n’est pas bon de dresser des barrières quant à la légitimité à aller vers l’art. À mon avis, le plaisir nourrit la connaissance qui nourrit le plaisir lequel nourrit la connaissance et ainsi de suite…

Deuxièmement, probablement que le lien logique, la causalité est à inverser : c’est parce qu’on apprécie l’art qu’on va s’intéresser à l’histoire de l’art. Il faut d’abord être attiré, aimer, goûter l’art pour après aller connaître l’histoire de cet art. Aimer l’art c’est un instinct, un appétit spontané, un élan…Apprécier l’art pour vouloir connaître et approfondir l’histoire de l’art : voilà la juste équation, à mon avis.

Mais, quel sens donner à « apprécier l’art » ? Il peut y avoir à ce propos deux approches différentes : ou bien goûter ou bien apporter un jugement critique, attribuer une valeur. Tous deux sont légitimes et pour moi consécutifs : il faut goûter avant de vouloir porter un jugement de valeur. Il n’y a pas besoin d’avoir appris les catégories avant d’apprécier dans le sens de goûter. Mais pour porter un jugement de valeur, il semble nécessaire d’être plus savant, d’être plus prudent.

La facilité à apprécier dépend de la culture qu’on hérite, ou qu’on peut hériter, c’est l’ »habitus », au sens de Bourdieu. C’est-à-dire que la familiarité aux œuvres d’art compte plus pour un enfant que le savoir, que les connaissances sur l’art en elles-mêmes. Ce qui fait la différence c’est de fréquenter les œuvres, en famille ou à travers l’école, d’où l’on déduira l’importance de l’école comme point d’ancrage pour acquérir les outils de perception.

Deux conclusions pour finir : d’abord, si vous aimez l’art, ne vous consacrez pas à fond à l’histoire de l’art, car elle se réécrit avec le temps: deux exemples : ce n’est qu’au 19ème que le gothique est reconnu comme art, et puis La Tour ou Vermeer n’ont été découverts, appréciés, que très récemment ; et ensuite, il faut aimer l’art pour connaître ou vouloir connaître l’histoire de l’art, qui reste une expérience philosophique intéressante.

En tout cas, l’expérience de la liberté et le goût de la liberté sont les bases de l’amour de l’art et il faut aussi convenir que pour comprendre l’art, la pratique est importante (l’éducation de l’œil) parce que la pratique nous amène à nous dépasser. Apprendre c’est devenir un autre.


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