03/30/2012 | Pas de commentaires

Le 26 Mars, la Une du journal « Le Monde » parlait d’estampes !  Comme le fait est assez singulier, je crois qu’il mérite un petit détour dans ce blog.

Effectivement, la Une du  Monde ce jour-là introduisait un article(en page 18) sous le titre « La saga du Pissarro volé et retrouvé « ; un titre digne d’une saga à la Sherlock Holmes…

Une estampe de Camile Pissarro, ayant pour titre « Le Marché aux poissons », dérobé en 1981 au Musée Faure d’Aix-les-Bains, vient de retrouver sa place en Savoie. Il s’agit d’un petit monotype (20 x 15 cm), une estampe en couleurs réalisée à un seul exemplaire.

Cette affaire commença en 1981, quand deux œuvres du Musée Faure disparaissent des cimaises : une petite huile sur toile de Renoir et le monotype réalisé par Pissarro en 1883. Compte tenu de leur taille, il ne fut pas difficile au voleur de les dissimuler sous une grande parka. Le Musée déclara officiellement le vol.

L’histoire rebondit 22 ans après, en 2003, quand André Liatard, conservateur du Musée d’Aix-les-Bains, reçoit un fax de l’Artloss register. Ce registre privé d’œuvres volées, basé à Londres, l’informe qu’une estampe de Pissarro est mise en vente chez Sotheby’s à New York.

La machine policière est lancée. L’Office central de lutte contre le trafic de biens culturels (OCBC) avertit Interpol, qui à son tour alerte les autorités américaines.  Propriété publique, le bien est inaliénable et ne peut donc être négocié : aussitôt, l’œuvre est retirée de la vente et saisie.

Retracer son histoire ne pose aucune difficulté aux policiers du FBI. Le catalogue de Sotheby’s cite en effet trois détenteurs successifs : le premier est un Français impliqué dans des affaires de trafic d’œuvres d’art dans les années 1980 (l’homme à la parka) ; le deuxième maillon est un antiquaire de San Antonio (Texas), Jay Adelman, qui l’achète pour 7000 dollars en 1985 ; et celui-ci la revend peu après pour 8500 dollars à une de ses assistantes, qui dix-huit ans plus tard, la met aux enchères, pour une somme estimée par Sotheby’s entre 60000 et 80000 dollars. Belle plus-value !

Si le pedigree de l’estampe est limpide, sa situation juridique est plus trouble. Certes, l’antiquaire a manqué à tous ses devoirs en n’en vérifiant pas la provenance et, en ne s’étonnant pas du prix modique de son acquisition. Et la réalité est que 22 ans après les faits, le droit américain ne permet pas de poursuivre le vol, ni même le recel. Reste l’importation illégale d’une marchandise sur le territoire américain, et les Américains ne plaisantent pas avec le droit douanier. Mais la procédure est longue et hasardeuse et c’est pourquoi le Musée a fini par proposer à la dernière détentrice  un accord à l’amiable.

Mais n’étant pas arrivés à un accord, leur affaire est tranchée devant la justice, qui reconnait la bonne foi de l’assistante mais qui reconnait aussi le caractère illicite de l’importation, donc impose la restitution du bien. Ce sera la troisième pièce restituée cette année par les autorités américaines : la coopération marche bien.

Bravo, donc, à l’OCBC pour son travail et merci au Monde pour l’avoir valorisé. Un beau « happy end » pour une affaire de vol de bien culturel. Un grand merci à la coopération internationale  et gardons espoir en l’honnêteté des différents acteurs du monde de l’art. En voilà,  une preuve à l’appui.

 

 


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03/23/2012 | Pas de commentaires

Comme tous les trimestres, nous présentons ici une sélection des meilleures expositions d’art qui, à notre avis, vous pourrez visiter à Paris et ailleurs. Ce printemps est  bien rempli de belles perspectives, et pour ça sera necessaire de bien définir les priorités, de faire les bons choix pour ne pas rater les meilleures. Bonne chance sur les choix et bonnes expositions!

À París:
« Josef Albers en Amérique: Peintures sur papier», Centre Pompidou,  08.02-30.04.
« Néon », la Maison rouge, 17.02-20.05.
“Ai Weiwei: Entrelacs”. Jeu de Paume, 21.02-29.04.
« Berenice Abbott (1898-1991): Photographies», Jeu de Paume, 21.02-29.04.
“Matisse, paires et séries”. Centre Pompidou, 07.03-18.06.
« Berthe Morisot (1841-1895) », Musée Marmottan-Monet, 08.03-01.07.
« José María Sert, le Titan à l’oeuvre (1874-1945) », Petit Palais, 08.03-08.07.
« Edgar Degas et le nu », Musée d’Orsay, 13.03-01.07.
« Artemisia, 1593-1654. Pouvoir, gloire et passions d’une femme peintre», Musée Maillol, 14.03-15.07.
« Le crépuscule des pharaons. Chefs d’œuvre des dernières dynasties Égyptiennes ». Musée Jacquemart-André, 23.03-23.07.
« Helmut Newton », Grand Palais, 24.03-17.06.
« L’ultime chef-d’œuvre de Leonard de Vinci, la Sainte Anne », Musée du Louvre, 29.03-25.06.
« Christopher Wool », Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, 30.03-19.08.
« Cima, Maître de la Renaissance vénitienne», Musée du Luxembourg, 05.04-15.07.
« Monumenta 2012 / Daniel Buren », Grand Palais, 09.05-21.06.

Et ailleurs:
“Lucien Freud. Portraits”, National Portrait Gallery, London, 09.02-27.05.
« Picasso à l’œuvre dans l’objectif de David Douglas Duncan », La Piscine, Roubaix, 18.02-20.05.
« Cindy Sherman », MoMA, New York, 26.02-11.06.
“ Sol Lewitt – Dessins muraux de 1968 à 2007”, Centre Pompidou-Metz, a partir del 07.03.
« Die Brücke », Musée de Grenoble, 31.03-17.06.
« Maurice Denis », Musée des Impressionnismes, Giverny, 01.07-15.07.
« Renoir. Entre bohème et bourgeoisie : les jeunes années », Kunstmuseum, Bâle, 01.04-12.08.
« Damien Hirst », Tate Modern, London, 04.04-09.09.

Que l’art us acompanyi des del costat lluminós de la vida!


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03/16/2012 | 1 commentaire

La semaine précédente l’article était destiné à présenter l’exemple du Musée d’Art Moderne (MoMA) de New York, un brillant exemple de la place que les estampes ont dans un musée de référence mondiale. Mais je ne voudrais pas faire croire que les estampes n’ont de place qu’au sein de l’art moderne. C’est pourquoi cet article aura pour objet de présenter l’engagement d’une institution aussi vénérable et solide que le British Museum, à Londres, s’agissant de considérer l’estampe comme une composante de l’art.

Le British Museum annonça le 29 novembre 2011 avoir fait l’acquisition exceptionnelle d’un jeu complet de la « suite Vollard », une série de 100 gravures exécutées dans les années 30 par Picasso pour le marchand d’art parisien Ambroise Vollard. Le British Museum entra ainsi dans le cercle très restreint des musées possédant un jeu complet de ces eaux fortes emblématiques dans le parcours artistique de Picasso, comme la National Gallery à Washington, le Museum of Modern Art de New York et le musée Picasso à Paris.

Ces gravures ont été réalisées entre 1930 et 1937, alors que le style de Picasso évoluait d’un néo-classicisme très épuré vers l’apparition de thèmes clés dans sa mythologie personnelle, comme le faune et le Minotaure. 46 eaux fortes ont pour sujet l’artiste et son modèle (sa jeune maîtresse Marie-Thérèse Walter) dans l’atelier du château de Boisgeloup, près de Paris, où Picasso se mit aussi à la sculpture.

Le minotaure, à la fois tendre et menaçant, fait sa première apparition dans cette série et deviendra un thème récurrent, puisqu’il figure dans le célébrissime « Guernica », réalisé en mémoire du bombardement de la ville basque en 1937 dans le cadre de la guerre civile espagnole. « Les dessins de la suite Vollard mènent directement à Guernica », a expliqué Stephen Coppel, en charge de la collection contemporaine de dessins et gravures du British Museum.

La « suite Vollard » est née d’un arrangement entre Picasso et son premier marchand d’art, Ambroise Vollard: Picasso s’engagea à lui fournir 100 gravures en échange d’un tableau de Cézanne et d’un Renoir. Quelque 310 jeux complets de gravures furent  à l’époque produits à partir des 100 plaques originales. La plupart ont été cédés, à la mort de Vollard en 1939, à Henri Petiet, lui aussi marchand d’art. Mais les séries seront ensuite dispersées, et l’acquisition d’un jeu complet, auprès des héritiers d’Henri Petiet, est considérée comme une chance extraordinaire.

Ce jeu a été acheté pour environ 1 million de livres, grâce à un don d’un homme d’affaires britannique. Les eaux fortes seront exposées du 26 avril au 2 septembre 2012 au British Museum, au côté d’œuvres qui ont inspiré Picasso, depuis l’art étrusque jusqu’aux  dessins et gravures  de Goya et Rembrandt.

Une bonne opportunité, donc, d’aller visiter à Londres le British Museum pour admirer  le génie de Picasso et d’autres grands maîtres. A quand remonte la dernière acquisition d’une collection de gravures d’une telle ampleur  par un de nos musées,  tout aussi vénérables et solides ? Il faudra faire un effort de mémoire !


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