Et si c’était en banlieue parisienne que battait le mieux le jeune coeur de l’art contemporain? Dispersés sur toute l’Île-de-France, une vingtaine de centres d’art s’y emploient activement. Et, à l’initiative du réseau Tram créé en 1981, une vaste opération baptisée « Hospitalités » les réunit cet automne. Chaque samedi, des bus vous emmèneront ainsi à la découverte de projections, de performances, de débats, et bien sûr d’expositions.
Le bout du monde? Beaucoup de ces micro-institutions sont à quelques minutes de RER du centre de Paris. Dans une abbaye cistercienne ou un supermarché ou un château, surgissant d’un terrein vague ou se noyant dans le dense tissu urbain…impossible d’en dresser la typologie. Chaque initiative a son identité et ses fragilités, ses dadas et son budget (plutôt restreint). Seul point commun: la plupart brillent par leur génereuse radicalité, couveuses des plasticiens de demain. Loin des blockbusters, la marge se permet des libertés que Paris s’interdit souvent.
Photo à Pontault-Combault, art numérique à Saint-Denis…Les tâches sont bien réparties, et tout le spectre de la jeune création se voit couvert, de manière a chaque fois subjective: Gicquel à la galerie Manet de Gennevilliers; les toiles de Farah Atassi chez Les Eglises, à Chelles…
Directrice de la Ferme du Buisson de Noisiel, Julie Pellegrin n’hésite pas à inviter le plus pointu des curateurs londoniens, Mathieu Copeland, pour réaliser un mois entier de performances. Quant aux cartons d’invitation, onglets, calendriers et autres estampes produites avec tant d’imagination par le Centre national de l’estampe et de l’art imprimé (Cneai) de Chatou, la collection en a été achetée en intégralité (plus de 500 numéros) par l’État (via le CNAP) en 2010.
L’inattendu? Beaucoup des directeurs tentent d’en faire leur quotidien: le Micro Onde de Vélizy accueillait en juillet un banquet des plus fins, 80 plats concoctés par le gourmand éditeur Fabien Vallos. Et en 2010, par exemple, le centre s’était permis de produire le premier spectacle choréographique du plasticien Emmanuel Lagarrigue.
Dans ces contextes particuliers, la médiation s’élève au rang d’art. De multiples initiatives aident la population locale à franchir le pas et à aiguiser son esprit: le Mac/Val de Vitry-sur-Seine en est le meilleur laboratoire, mais il y a aussi d’expériences intéressantes à Bretigny ou à la Galerie de Noisy-le-Sec (avec 11 000 visiteurs annuels) ou au Crédac, tout juste installé dans la Manufacture des Oeillets à Ivry-sur-Seine.
Paradoxalement, la haute qualité de ces programmations attire davantage l’attention des professionnels étrangers que celle des Parisiens. L’exemple de Pierre Bal-Blanc est parlant: parmi les meilleurs experts de la performance, ce dernier a renouvelé le genre en réalisant de véritables bouquets de happenings qui ont séduit la Tate Modern de Londres ou la Biennale de Berlin, mais les musées parisiens semblent le trouver trop exotique. Même succès international pour Claire Le Restif, qui travaille avec l’Allemagne; et consécration pour les Laboratoires d’Aubervilliers, que le commissaire Okwui Enwezor, auteur de la « Documenta 11″, rallie à sa triennale du Palais de Tokyo au printemps 2012. Que de bonnes cuvées!