Restitutions

04/13/2012 | Pas de commentaires

Les frises du Parthénon, joyau du British Museum,  ont ranimé les braises à propos de la restitution des œuvres d’art lorsqu’en 1984 la Grèce l’a demandée. Fruit du processus de la décolonisation, les restitutions ont été remises au goût du jour grâce à la personnalité hors du commun de Zahi Hawass, archéologue en charge des antiquités égyptiennes pendant une décennie. Celui-ci réclamait le retour à l’Egypte de certaines pièces qui comptent parmi les plus beaux moments de nos grands musées universels à travers leurs départements d’Egyptologie. Le résultat sera finalement plus symbolique que réel. Les révolutions du monde arabe sont passées par-là et, politiquement, Zahi Hawass n’est plus, en tout cas pour le moment.

Nombreux sont les pays qui réclament le retour de leur patrimoine historique et artistique faisant partie des collections occidentales. Biens africains et océaniens, objets des civilisations aztèques, mayas, incas, objets des sites archéologiques babyloniens, sumériens, mésopotamiens, pillages consécutifs aux guerres de l’opium, etc., les œuvres d’art retourneront-elles un jour à leur « propriétaire »? Que dit le droit à ce sujet?

La Convention de La Haye de 1907 interdit les pillages en temps de guerre. En 1954, la Convention de l’Unesco est venue régler le sort des biens culturels pillés en temps de guerre. Le protocole additionnel à cette Convention impose la restitution des biens culturels qui auraient été exportés illicitement. En 1970, la Convention de l’Unesco élargit l’interdiction aux pillages en temps de paix. Mais ces conventions ne sont pas rétroactives et leur champ d’application concerne les Etats et non les personnes privées.

La tentative de sanctionner les personnes privées a été établie par la convention Unidroit en 1995. Ce texte prévoit la possibilité de forcer la restitution des objets acquis illicitement et ce quelles que soient les mains entre lesquelles ils se trouvent, pendant une durée de 50 ans, mais bien peu sont les pays à avoir ratifié cette convention, et les grands pays muséaux n’en font pas partie.

Reste que le droit n’est pas le seul instrument au service des restitutions. Un code de déontologie muséale visant notamment à renforcer les procédures d’acquisition a été mis en place par l’Icom (International council of museums).

L’insuffisance du cadre normatif est également rattrapée par les actions d’intermédiation de l’UNESCO. A titre d’exemple, la diplomatie a permis, le 14 décembre 2009, la restitution de 5 fresques de la France à l’Egypte, le 19 janvier 2010, la restitution de 139 objets archéologiques précolombiens de l’Espagne au Nicaragua ou encore, le 3 mars 2010, la restitution de 25.000 objets d’antiquités de la Grande-Bretagne à l’Egypte. Cette même Grande-Bretagne qui refuse pourtant de restituer les métopes du Parthénon aux Grecs.

La pression se fait de plus en plus forte pour un retour des objets vers les pays sources. Car nous sommes, en fait, à un moment singulier de l’histoire de l’humanité. Pour la première fois, en une génération, il y aura plus de vivants qu’il n’y a jamais eu d’hommes sur terre: 7 milliards aujourd’hui, 9 milliards en 2050. L’humanité fonce donc vers un destin anxiogène dans un brouillard sémiologique. Or les œuvres d’art sont précisément des signes qui donnent du sens au monde. Certains pays, que l’on appelle faussement émergents comme la Chine, retrouvent leur chemin historique. En se tournant vers leur histoire, ils tentent de refonder une identité et de comprendre ce vers quoi ils se dirigent.

Du point de vue symbolique, les œuvres sont comme des messagers entre les hommes et l’au-delà, idée d’intersession si chère à Picasso lorsqu’il évoquait l’art africain. La circulation des objets d’art a toujours suivi les lignes-force du monde, que ce soit les armes ou l’argent.

Au-delà même de ces circonvolutions juridiques, la restitution rend compte d’une volonté de justice et d’un respect des peuples. Est-elle pour autant la seule réponse? Ce serait faire peu de cas de la merveilleuse avancée qu’a représenté la création du « Musée » et notamment du « Musée Universel », héritier des Lumières. C’est à cette époque que les objets migrent des collections royales et des cabinets de curiosités vers les musées. A commencer par le British Museum créé en 1753, puis le Louvre en 1793 et le MET en 1852. L’invention par l’Unesco de la notion de patrimoine de l’humanité a été une avancée considérable.

Le droit de propriété, vieil outil des Lumières, apparaît aujourd’hui souvent obsolète. Reste à imaginer les solutions sans pour autant forcément déconstruire les collections. Il faut donc repenser le droit et envisager des critères selon lesquels les objets seront restitués au « pays source » ou alimenteront un « Musée Universel ». Une gouvernance internationale des grands musées, l’itinérance des collections ou le partage au niveau mondial des connaissances sont autant de pistes.

 

 


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