03/01/2013 | Pas de commentaires

De nos ces jours on parle beaucoup d’économie. Mais, qu’est-ce que c’est l’économie? Si on prend le « nouveau Petit Robert de la Langue Française » (édition 2007), on y pourra lire que l’économie est « l’art de bien administrer une maison, de gérer les biens d’un particulier », mais qu’elle est aussi « la science qui a pour objet la connaissance des phénomènes concernant la production, la distribution et la consommation des ressources, des biens matériels dans la société humaine ». Mais on peut aussi convenir que l’économie est « l’activité, vie, régime, système économique, ensemble des faits relatifs à la production, à la distribution et à la consommation des richesses dans une collectivité ».
Pour le monde de la culture ces définitions, à mon avis, sont très bien adaptées. Toujours, mais plus encore dans des périodes de crise et de restrictions. Nous avons besoin d’une bonne administration parce que les ressources sont de plus en plus rares, et leurs possibles usages bien nombreux, d’où le besoin d’établir des priorités.
Dans d’autres domaines de l’activité sociale, on a créé de nouvelles branches spécialisées, et on peut entendre parler de l’économie d’entreprise, de l’économie de la santé, de l’économie du bien-être ou de l’économie sociale. Peut-être il serait bon de réfléchir à développer une économie de la culture ainsi qu’à la façon de former les économistes de la culture.
Un économiste de la culture ne devrait être, à mon avis, ni juste un comptable ni un commissaire. Peut-être son rôle serai-ilt plus proche du travail des managers d’établissements culturels. De toute façon, nous avons et nous aurons besoin de professionnels techniquement bien formés, qui ont ou devaient avoir une vision stratégique, qui connaissent le secteur, ou bien sont en capacité et motivés à bien connaître le secteur, avec une claire capacité de leadership, capables d’aller chercher et obtenir des ressources, ouverts à l’échange d’expériences, avec une certaine capacité d’adaptation au changement. Ils auraient la certitude de connaître et de savoir se débrouiller dans des environnements compétitifs à l’internationale, avec une expérience aussi de management à l’étranger, si possible, capables de ne pas rester figés face à un refus et de présenter des alternatives, si cela survient.
Probablement certains lecteurs pourront considérer qu’on parle ici de perles rares, et peut-être auront-ils raison. Mais, si dans d’autres secteurs d’activité on les a trouvées, parce qu’elles existent ou parce qu’on les a formées, pourquoi cela ne serait-il pas possible dans le domaine de la culture? De toute façon, nous aurons besoin, nous avons besoin, de beaucoup de perles pour faire un collier, le collier de la culture comme symbole d’un assemblage de pièces différentes pour essayer de progresser à la fois en termes de présence et de savoir-faire.
Et comment on devrait former ces économistes de la culture? A mon avis, très probablement il serait recommandé de leur faire suivre les parcours que d’autres économistes ont faits et font dans le cadre d’autres branches des services publics ou privés dans ce but. L’expérience cumulée par les économistes de la santé avec leurs formations programmées et bien testées de master ou de formation continue, ou avec les activités de formation et de représentation de leurs dynamiques associations, pourraient être de très bons exemples à suivre.

Dans le domaine de l’activité culturelle, la création et mise en route des nouveaux plans de formation postuniversitaire, de type master ou formation continue, dans le domaine précis de la gestion culturelle -avec une orientation économique beaucoup plus déterminée que ce qu’on peut trouver sur les offres de formation déjà existantes- et l’élimination aussi de quelques-unes des offres de formation existantes (trop rhétoriques et pas du tout adaptées à connaître et reconnaître la réalité environnante) pourraient devenir de bons points de départ.
Certains esprits purs (ou qui font semblant de l’être) vous diront qu’il ne faut surtout pas mélanger la culture avec l’économie. Cette approche fait partie d’une tradition chez certains qui semblent avoir une aversion pour l’argent, ou qui entretiennent une difficile ou mauvaise relation avec lui. Mais bon, on pourrait leur répondre de la manière dont on parle de ce sujet dans le domaine de la santé: la santé n’a pas de prix, mais il est sûr qu’elle a un coût. Parallèlement, on pourrait aussi convenir que la culture n’as pas de prix, mais que évidemment elle a un coût.
C’est à propos du coût, sur l’établissement des priorités (critères, façon de le faire, dégâts collatéraux envisageables), du retour des investissements, de l’attractivité de l’offre (ou comment faire pour qu’elle devienne plus attractive), de l’utilité sociale (de l’offre et de la demande) qu’il faudrait et qu’il faudra parler, débattre, discuter, avancer, se battre. Et certes pas seulement en termes économiques, mais pour partie si.


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02/22/2013 | Pas de commentaires

Tout le monde accepte que la culture joue un rôle important pour créer des liens entre les gens, entre les peuples; pour assouplir le dialogue; pour construire, ou au moins pour essayer de construire, une vision partagée du futur; pour apporter son concours à la diplomatie; et pour revitaliser ou aider à instaurer les conditions qui font possible la paix ; la paix, non en tant qu’absence de guerre, mais la paix des esprits.

Mais il faut aussi constater qu’à côté de ces objectifs globaux, de l’espoir dans ce rôle majeur pour la culture, les paradigmes ont changé. Notre monde interdépendant et mutant, induit des changements à tous les niveaux: sur le statut de l’artiste, sur le rôle de l’intellectuel, sur l’identité de l’écrivain, sur la place des langues, sur la maitrise des nouveaux outils d’information et de communication,…Cette fugacité des situations acquises et l’ubiquité des idées ou des œuvres imposent, certainement, des règles de jeu inédites.

De temps en temps j’ai l’impression qu’on veut imposer, nous imposer, une espèce de ‘culture monde’, un magma qui veut envahir la planète, et à laquelle on ne peut résister, s’il le faut, qu’avec le patrimoine personnel et collectif et avec la créativité. De mon côté, j’y suis pour cette résistance contre cette soupe préfabriquée qu’on nous serve n’importe où, qui n’a aucune valeur et que surtout a horreur de la différentiation. Cette ‘culture monde’ est à la culture c’est qu’est le fast-food à la cuisine, le prêt-à-porter à la couture, l’internationalisme à la politique ou le fil musical à un concert. Peut-être confortable mais insipide, peut-être utile mais sans couleur, peut-être pétillante mais sans goût. Elle est surtout, à mon avis, anesthésiante.

Devant ce phénomène de soupe culturelle globalisé, réchauffée et insipide, il faut offrir une résistance et une alternative. Derrière ce bruit de la communication mondialisée et éphémère, la culture doit tisser sa toile à elle, en créant des liens, en repérant les influents et en motivant les essentiels de demain. Il nous faudra pour réussir dans cette démarche des opérateurs à vocation de passeur, de médiateur, de veille. Il s’agit de se trouver au bon moment dans les endroits qui comptent avec les artistes qui s’imposeront.

Il faudra inventer les moyens localement adaptés pour coopérer, diffuser et féconder la création. C’est un travail quotidien d’assimilation et de repérage, qui crée la confiance avec les artistes, les autres opérateurs et les milieux professionnels. Cette fertile immersion n’est pas toujours visible du grand public, mais elle est vitale et doit être efficace. Les entreprises culturelles présentes au monde, ou qui veulent y être, l’ont bien compris.

Cette méthode doit faire émerger les grands noms des artistes de demain. En tout cas, il faut remédier à la dispersion des forces culturelles, et pour se présenter à l’extérieur, pour mener le combat de la présence et du futur, il faut bien compter avec un ou plusieurs opérateurs solides et bien implantés partout.

La culture, d’ailleurs, ne se résume pas à des productions de l’esprit ou de l’art. Elle relève aussi d’une expertise dans sa mise en œuvre. Le savoir-faire des grands musées ou des grands architectes, notamment, doit être promu pour être convoqué dans le monde entier. Même, s’il y en a, les opérateurs culturels seront également sollicités pour leur aptitude à créer des réseaux, à mobiliser les créateurs, à imaginer des événements qui animent les territoires et forment les publics. Cette ingénierie culturelle doit être utilisée, ou doit se mettre en place, pour mener une action culturelle active et efficace, si on veut avoir une influence et une présence durables.

Ce va-et-vient permanent se coule dans la fluidité du monde d’aujourd’hui. Il ne s’agit plus, à mon avis, de poser un modèle figé qu’autrui serait prié d’admirer. L’influence culturelle s’exerce par tous les moyens qui installent des partenariats durables. Des partenariats basés sur les concepts de décloisonnement, partage, réciprocité, accueils mutuels, projets pluridisciplinaires et transversaux, créativité, recherche, plates-formes numériques ouvertes, etc.

Epouser les mouvements du monde doit être la vocation des formes culturelles. Une vocation ancrée pour donner des impulsions, comme ces ailes d’un papillon qui éveilleront, peut-être, des orages désirés. Au fond, on revient au sens originaire: la culture est un art de semence, de fécondation, de binage, pour les moissons de demain. L’influence devra passer par ces nouvelles formes de transgénèse, qui est l’éternelle matrice des civilisations.

L’art étant une composante de la culture, tous les concepts énoncés précédemment s’y appliquent. Pour le futur de l’art il faudra créer des liens entre artistes, faciliter le dialogue, repenser son statut et son rôle, mettre en place ou renforcer les opérateurs culturels, féconder la création, la diffuser, propulser les entreprises culturelles, renouer avec la confiance des artistes ou leur en donner, mettre en avant le savoir-faire de nos musées et des nos institutions culturelles, imaginer des événements, établir les bases de partenariats durables, avancer vers la création ou consolidation de résidences partagées, nourrir des projets pluridisciplinaires et transversaux dans le monde des arts et de la culture, créer ou soutenir des plates-formes numériques, épouser les mouvements du monde…

Vaste programme, mais un programme chargé de futur et d’espoir. Allons-y!


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11/16/2012 | Pas de commentaires

Quelle est la vision de la culture d’Androulla Vassiliou, Commissaire Européen pour l’éducation, la culture, le multilinguisme, les sports, les média et la jeunesse? Voilà ces declaratons au « The Huffington Post »:

La culture / l’imagination créative vous donnent-elles des raisons d’espérer?

Croire en la culture revient essentiellement à croire en notre avenir. La culture détermine ce qui restera de nous quand nous serons partis. On se souvient des civilisations autant pour la qualité de leurs produits culturels que pour l’état de leur économie ou de leurs finances. Le travail de nos artistes nous représentera tous, en tant que groupe, dans les prochains siècles.
La raison pour laquelle nous nous posons des questions sur l’espoir en ce moment est que la crise économique actuelle nous donne des raisons de nous faire du souci et même de désespérer. L’Histoire montre comment les crises économiques peuvent favoriser l’extrémisme, l’aliénation et la division: des forces qui peuvent menacer notre démocratie. Dans de telles circonstances, les voix des artistes peuvent représenter la conscience collective et l’exigence de liberté. Les régimes dictatoriaux ont systématiquement craint et tenté de supprimer le travail des artistes. Si nous espérons un avenir de paix, de compréhension mutuelle et de démocratie, nous devrions continuer à chérir et encourager la culture et nos artistes.
Cependant, la culture et les arts n’ont pas seulement une importance à long terme. Ici et maintenant, soutenir la culture peut nous aider dans les moments difficiles que nous vivons.
La culture est un vecteur important de création d’emplois locaux et de développement économique des villes et des régions. Nos secteurs culturels et créatifs -à la fois lucratifs et non lucratifs- jouent un rôle important dans l’économie européenne, comptant pour 4.5% du PIB de l’Union Européenne. L’emploi dans les industries culturelles et créatives représente 8,5 millions d’emplois dans l’Union Européenne.
Un des défis amenés par la crise est le risque de conflit social. Les fractures et les tensions parmi les groupes peuvent se creuser, avec des conséquences et des coûts imprévisibles. Des preuves suffisantes et bien documentées montrent que la participation culturelle active, sans être le moyen le plus évident de combattre le dénuement, peut constituer un soutien puissant à la cohésion sociale. La participation culturelle encourage le bien-être, accroît l’estime de soi et peut améliorer le dialogue entre les des individus d’origine ethniques et socio-économiques différentes. Participer aux arts attire l’individu dans une communauté et lui donne un sentiment d’appartenance. Le cinéma, la musique, la littérature, le théâtre: tous favorisent la compréhension du point de vue des autres et aident à surmonter les préjugés.
Les crises économiques peuvent profondément démoraliser les individus, et nuire aux chances qu’a la société d’aller de l’avant et de surmonter les difficultés auxquelles elle fait face. La culture peut être l’élément clé du bien-être, comme l’a montré une étude italienne récente qui a révélé que la participation culturelle est le deuxième indicateur de bien-être psychologique après la santé; et avec un impact sensiblement plus fort que d’autres variables comme le revenu, le lieu de résidence, l’âge, le genre ou la profession. Je pense que ce potentiel doit être préservé.

Qu’est-ce qui l’incarne le mieux? Quelle serait l’initiative personnelle / le projet / l’œuvre qui concrétise votre raison d’espérer?

Il y a tellement de projets et de personnes qui investissent leurs ressources et concentrent leurs énergies sur le pouvoir de transformation de la culture qu’il serait difficile et injuste d’en choisir un ou deux. Je m’intéresse profondément à la façon dont, dans les mains d’acteurs éclairés, les arts et la culture ont la capacité de mener le progrès social et économique. L’exemple de la restauration urbaine qui a eu lieu à Bilbao autour du Musée Guggenheim est très connu, mais en Europe l’économie de nombreuses autres villes et régions a bénéficié de la culture. La région de Puglia en Italie, par exemple, fait un usage stratégique des fonds structurels de l’Union Européenne pour encourager les industries créatives. Chaque euro dépensé par la Commission Film Apulia pour soutenir les productions cinématographiques dans la région, à condition d’employer une main d’œuvre locale, génère au moins quatre euros de dépense sur le territoire et des retours indirects importants en termes de tourisme et de développement socio-économique. Les capitales européennes de la culture ont démontré le potentiel du développement stratégique de long terme et ses effets sur le tourisme, la rénovation urbaine et d’autres secteurs. Pour chaque euro investi dans le financement public des capitales européennes de la culture, le retour sur investissement est multiplié par 10. Lille, Liverpool et Guimarães sont de bons exemples de renouveau apporté par le statut de capitale de la culture. De plus, le programme donne de l’espoir et des opportunités aux jeunes qui peuvent trouver des perspectives d’emploi dans leur région.
Surmonter une crise nécessite de regarder vers l’avant et d’investir dans l’avenir.

Comment souhaiteriez-vous la transmettre aux générations futures?

Pour le moment, en tant que commissaire européen responsable de la culture, mon ambition principale est d’argumenter en faveur d’une politique durable et d’un soutien financier de la culture même en temps de crise. Comme je l’ai dit précédemment, la culture n’est pas un luxe. Ce n’est pas un coût. C’est un investissement nécessaire pour assurer le fonctionnement sain de la société – et elle est encore plus nécessaire face aux défis nés de la crise actuelle.
C’est pour toutes ces raisons que la commission, quand elle a exposé son nouveau programme pour la culture et l’audiovisuel après 2013 (Europe créative), a proposé une augmentation de 37% des niveaux actuels de dépenses. Nous espérons que le programme, pas seulement grâce à son budget augmenté, mais aussi grâce à sa conception stratégique, procurera un soutien non négligeable à la capacité de construction culturelle et créative des opérateurs. La Commission a également présenté une initiative en septembre 2012 qui vise à débloquer le potentiel des secteurs culturels et créatifs, en augmentant leur compétitivité, leur portée internationale et stimuler leur contribution à la croissance et à l’emploi. Nous comptons désormais sur le soutien du secteur, des Etats Membres et du Parlement Européen pour aider à réaliser nos objectifs, et pour s’assurer que le secteur culturel et créatif européen reste le plus vibrant et stimulant possible.


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