Fidèles à notre rendez-vous trimestriel nous vous présentons aujourd’hui une relation des meilleurs expositions que vous pourrez visiter ce printemps, à Paris et ailleurs.
C’est bien sûr un choix personnel, mais, à mon avis, assez large pour que chacun d’entre vous puisse trouver l’exposition qui l’intéresse ou qui peut l’intéresser.
La primavera es una buena época para empezar a salir con mayor asiduidad, e ir a los museos, a las salas de exposiciones o a las galerías puede ser una idea excelente.
Le printemps est une saison pour commencer à se balayer, à sortit plus souvent, et, dans ce sens, aller aux musées, aux salles d’expositions et aux galleries peut devenir une excellente idée.
Profitez-en bien!
Expositions à Paris:
- »Marie Laurencin (1883-1956), Musée Marmottan-Monet », 21.02-30.06.
- »Soleil froid (Julio Le Parc) », Palais de Tokyo, 27.02-20.06.
- »La valise mexicaine. Capa, Taro, Chim », Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, 27.02-30.06.
- »L’ange du bizarre – Le romantisme noir », Musée d’Orsay, 05.03-09.06.
- »Boudelle – Le Broyeur de sombre, Dessins de jeunesse (1880-1895), Musée Bourdelle, 06.03-07.07.
- »Bronzes rituels – Trésors de la Chine ancienne », Musée Guimet, 13.03-10.06.
- »Art sacré du Tibet – Collection Alain Bordier », Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent, 13.03-21.07.
- »Eugène Boudin. Au fil de ses voyages », Musée Jacquemart-André, 22.03-22.07.
- »De l’Allemagne, 1800-1039″, Musée du Louvre, 28.03-24.06.
Et ailleurs:
- »Matta. Fictions », Museum Frieder Burda, Baden-Baden, 19.01-02.06.
- »Fenêtres. De la Renaissance à nos jours. Dürer, Monet, Magritte,… », Fondation de l’Hermitage. Lausanne, 25.01-20.05.
- »L’oeil d’un collectionneur. Redon et Denis. Rêve, amour, sacré », Musée Bonnard, Le Cannet, 26.01-28.04.
- »L’impressionnisme et la peinture de plein air de Corot à Van Gogh », Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid, 05.02-12.05.
- »Antoine Watteau. La leçon de musique », Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 08.02-12.05.
- »Chagall, Maître de la Modernité », Kunsthaus, Zurich, 08.02-12.05.
- »Becoming Picasso: Paris 1901″, The Courtauld Gallery, London, 14.02-26.05.
- »Roberto Matta, du surréalisme à l’histoire », Musée Cantini, Marseille, 15.02-19.05.
- »Chagall: beyond color », Museum of Art, Dallas, 17.02-26.05.
- »Alberto Magnelli. Pionnier de l’abstraction », Musée d’Ixelles, 21.02-26.05.
- »Marc Chagall, d’une guerre à l’autre », Musée national Marc Chagall, Nice, 23.02-20.05.
- »Auguste Herbin, Musée d’Art moderne, Céret, 02.03-26.05.
- »Soulages XXIè siècle », Académie de France à Rome, Billa Médicis, Roma, 02.03-16.06.
- »Christian Boltanski », Kunstmuseum, Wolfsburg, 02.03-21.07.
- »Matisse – La couleur découpée », Musée Matisse, Le Cateau-Cambrésis, 03.03-09.06.
- »Sam Szafran », Fondation Pierre Gianada, Martigny, 08.03-16.06.
- »Alberto Giacommeti », Musée de Grenoble, 09.03-09.06.
- »Disegno & Couleur. Dessins italiens et français du XVIè au XVIIIè siécle », Musée des Beaux-Arts, Tours, 16.03-27.05.
- »L’art en guerre. 1938-1947: de Picasso à Dubuffet », Guggenheim Museum, Bilbao, 16.03-08.09.
- »Dalí, retrospectiva », Museo Reina Sofía, Madrid, 24.04-02.09.
Aujourd’hui, et de plus en plus, ce ne sont pas seulement les oeuvres qui créent l’événement au musée, dans les salles d’exposition ou même dans les grandes galeries d’art, mais les scénographes -soient ils des architectes, de designers ou des metteurs en scène- qui les subliment en les disposant sur d’autres piédestaux que les socles d’antan.
On peut visiter maintenant des expositions assez sensorielles, des expositions éclatantes avec des effets tout neufs, des expositions minimalistes…une espèce de danse semble s’être emparée de nos musées et même la façon de visiter les salles et de regarder les oeuvres semble en train de changer.
Ces nouveaux scènographes, qui viennent d’horizons les plus divers, ces artistes des cimaises, sont la clé des expositions. Ils sont architectes, comme l’archiconnu et médiatique Jean Nouvel, ou designers, comme Nathalie Crinière, ou sont des metteurs en scène d’opéra, comme Robert Carsen, ou des réalisateurs, comme René Allio. C’est une façon d’aller ou de revenir à une sorte de multi-disciplinariété entre les métiers d’art? C’est une démarche inscrite dans le fort bien adapté concepte anglophone de ‘cross-fertilization’? Ou, dans le sens invers, serait-ce une nouvelle invasion des concepts du marketing et de la spectacularité, au detriment de la science muséographique, qui nous serait arrivé ou sur le point de nous arriver?
En réalité, nous sommes confrontés, comme toujours, à la nécessité de raconter une histoire, de raconter l’où et le comment un musée ou une exposition peuvent définir un parcours et nous le faire comprendre. Il faut, pour cela, trouver le rythme de l’exposition ou de la visite du musée, établir une adéquate hiérarchie des objets, évaluer leur nombre par rapport à l’espace global, qu’ils se parlent, qu’ils dialoguent, établir le circuit de visite (ou, au moins, un itinéraire recommandé), trouver les volumes (dans des batiments déjà construits, quelquefois depuis longtemps, et qui, en tout cas, devront varier en fonction des pièces exposées), structurer l’espace et introduire la couleur qui intuitivement rendra la présentation plus parlante.
Après cet énoncé on peut s’apercevoir que c’est un vaste chantier, et qu’il y a mille et un aspects à prendre en considération, mille et un aspects à étudier et à valoriser et mettre en perspective dans chaque context particulier. Nous ne sommes plus dans le prêt-à-porter muséographique, on avance vers des concepts de micro-chirurgie ou d’interventions de haute couture adaptée à la taille et aux disponibilités que chaque musée ou salle d’expositions présente.
Mais il faut prendre aussi en compte certaines considérations, certaines préventions. Parce qu’il ne s’agit pas de jouer la geste architecturale. Il faut que les nouveaux metteurs en scène donnent du sens par l’espace et du confort au visiteur qui, quelquefois, se sent intimidé par l’art et par le savoir.
Il faut, à mon avis, renouer avec le souci de ‘mise en exposition’. Un concept déjà manifesté par les futuristes, les surréalistes et le Bauhaus, puis éclipsé jusqu’aux années 1980. Dans ce sens, parfois il faudra travailler simplement sur l’allusion, tout en sollicitant du spectateur le concours de son intelligence et de son ironie.
Cependant, ces nouvelles mises en scène ne sont pas sans risque. Quelquefois certaines orchestrations d’itinéraires peuvent être décriées par les puristes mais appréciées du public, ou vice versa. De façon assez spectaculaire, on peut lire des critiques hautes en couleurs, qu’elles soient positives ou negatives, et que l’avis des visiteurs soit, ou non, exactement à l’opposé. Mais ce n’est pas seulement sur la qualité de la mise en scène qu’on peut observer ces phénomènes de divergence dans le monde de l’art. Et, en plus, les types de reception de l’oeuvre ou de discours muséographique varient dans le temps. Il y a plein d’expériences à citer sur ce sujet.
En tout cas, il me semble opportun de signaler que la relation à l’objet (tableau, installation, esculpture, gravure, objet tout court) doit d’abord provoquer l’emotion (ce que j’ai déjà décrit à plusieures reprises comme le choc esthétique), et les explications doivent venir après. Je trouve toujours choquant que les visiteurs d’expositions ou de musées ne regardent presque pas les oeuvres mais qu’ils lisent tous les cartons explicatifs avec beaucoup plus d’attention…A mon avis, c’est beaucoup meilleur de destiner le temps à se laiser envahir par l’oeuvre, à sentir (ou non) le choc esthétique, mais probablement il y a d’autres avis et, bien sûr, d’autres pratiques.
Mais, jusqu’où aller dans la mise en scène? Il y a des mises en scène qui font hurler, d’autres qui ne respectent ni les conditions de lumière ni la distance pour laquelle les oeuvres ont été peintes, encore d’autres qui sont trop invasives et ne mettent pas suffisamment en valeur les pièces exposées soumergés sous un excès de lumière ou de décor…Il faut toujours une juste mesure, l’ouverture sans l’éclatement, dépasser la volonté d’épater a tout prix, éviter l’excès, les excès…mais, j’aime vraiment voir le public déambuler entre les chefs-d’oeuvres, j’aime bien qu’on essaye de passer de la simple contemplation à une certaine familiarité. Mais pour devenir vraiment familier, il faut du respect, de la distance, de la retenue,…,et être ou se sentir invité. Mais helas!, il y a des gens (public ou metteurs en scène) qui s’invitent un peu trop.
Crise économique oblige, le musée d’Orsay propose de plus en plus d’expositions impressionnistes clés en main, délocalisées loin de Paris. Ce faisant, le musée d’Orsay accroît sa notoriété, mais avec un risque, le risque d’une fragilisation des œuvres. Le même risque que courut en 1963 la Joconde tout traversant l’Atlantique pour être exposée à New-York, sous l’œil attentif d’André Malraux, intermédiaire de choix entre le général de Gaulle et Jackie Kennedy.
C’est en 2009, sous l’impulsion de son président Guy Cogeval, que le musée d’Orsay est passé à la vitesse supérieure en matière de prêts groupés, n’hésitant plus à concevoir des expositions clés en main. Sous l’effet réel ou supposé de la crise (baisse du mécénat individuel et crise des budgets publics destinés au monde de l’art, tout en même temps), et comme il fallait autofinancer au maximum les importants travaux de modernisation et d’agrandissement du musée, aujourd’hui heureusement réalisés, deux groupes de chefs-d’œuvre ont effectué, chacun séparément un tour du monde. De Nashville à Madrid tout en passant par San Francisco, de toiles qui témoignent de la naissance de l’impressionnisme ont ainsi été vues par près de 900.000 personnes en neuf mois. Quant à celles considérées comme postimpressionnistes, elles ont fait étape à Canberra, Tokyo et San Francisco, et ont réuni plus de 1,7 million d’amateurs en dix mois et demi. Quel est le bilan de cette opération? Certes, la moitié des 20 millions d’euros nécessaires au chantier ont été financés par ce biais. Mais, est-ce juste un exploit comptable? Pas seulement.
Raccrochés dans leurs salles aux tonalités et ambiances nouvelles, ces ensembles désormais mieux connus en dehors du microcosme parisien, renforcent l’éclat déjà incomparable des collections maison. Et aident à son rayonnement, et au rayonnement de la culture française, du mode de vie à la française.
En 2009-2010, d’autres trésors ont également joué le rôle d’ambassadeurs extraordinaires, avec une mission identique: drainer des fonds capables au moins de compenser la baisse des subventions et faire briller l’institution ainsi que le rôle de la France dans le domaine de la culture. Ainsi, par exemple, une sélection de pièces emblématiques de l’Art nouveau et de l’industrie du luxe au XIXe siècle a sillonné le Japon. Simple amuse-bouche avant les rétrospectives Manet à Tokyo et Degas à Yokohama qui ont été vues par près de 660.000 amateurs. Pendant ce temps une exposition sur le thème de la femme moderne avait lieu à Vancouver.
Et on peut citer bien d’autres exemples. L’année dernière une sélection très éclectique de pièces évoquant « Paris et la modernité » est allée à Singapour et à Séoul. Une autre zone géographique a été défrichée cette année, l’Amérique du Sud, un continent qui en matière d’art s’impose comme la terre promise émergente. Ainsi, quelque 320.000 visiteurs ont convergé à Sao Paulo pour admirer cette exposition au Centro cultural Banco do Brasil. Et en ce moment, l’exposition est à Rio de Janeiro.
Simultanément, du 16 novembre 2012 au 28 février 2013, 87 tableaux autour de Millet, Courbet et du naturalisme français participent à l’inauguration du Musée des arts chinois de Shanghai, l’événement du XIVe festival des Arts internationaux de Chine. Une manière efficace de mieux se faire connaitre dans cet Empire du Milieu sans cesse plus friand d’art occidental ancien.
Pour 2013, l’effort s’annonce toujours aussi intense. Le musée d’Orsay étudiera les rapports entre Manet et Venise, avec une exposition au Palais des Doges, du 24 avril au 4 août. Puis, divers chefs-d’œuvre impressionnistes repartiront au Japon, avec pour destination le National Art Center de Tokyo, du 9 juillet au 14 octobre 2014. Fin 2014-début 2015, ce sera le tour des Renoir d’entreprendre le voyage d’Italie. Pour la suite, on cherche les thèmes, mais pas les destinations: le Brésil et le Japon sont toujours prêts.
Face à l’intensification de ce type de prêts -plus motivés par la pédagogie, la diplomatie ou l’économie que par la recherche scientifique-, les conservateurs et directeurs de musée doivent redoubler de vigilance.
Mais si l’art est un langage universel et si l’art permet de rassembler les peuples et les gens, l’art devient un formidable atout diplomatique pour continuer à bâtir et à décliner ce langage universel et cette fraternité entre les gens. Et c’est un atout dont les pays ayant une longue tradition artistique et de prestigieuses collections (publiques ou privées) doivent profiter. Pas seulement, comme on le disait plus haut, sous un angle économique ou comptable, mais aussi sous un angle de fraternité dans la beauté et d’implication pour une culture perméable et universelle.
En tout cas l’art a toujours été, et restera un instrument de concorde, un pont espace-temporel et une vitrine d’ouverture pour faire connaître et se faire connaître. Donc l’une des meilleures formes de diplomatie jamais créées. Sachons en profiter.