Dans un article précédent, nous évoquions le péché d’orgueil qui existe chez bien des artistes. Ce défaut est souvent lié à la volonté d’être reconnu, à la nécessité de se sentir important et/ou aimé, mais ce n’est pas toujours la raison. Dans certains cas, ce qu’on peut observer est une reconnaissance tardive ou un manque de reconnaissance tout court, relatif à un artiste et à son œuvre. C’est à cet aspect qu’est consacré cet article, prenant pour exemple la réception de l’œuvre d’Edward Hopper à Paris en deux temps.
En effet, le grand public parisien à découvert récemment ce peintre new-yorkais à travers une rétrospective présentée au Grand Palais. On peut dire que l’écran qui cachait ce grand peintre est ainsi levé. Malgré les efforts déployés pour dévoyer le goût général en portant trop haut les spéculations d’un certain art contemporain et de ses vanités, la beauté et la poésie de l’œuvre d’Hopper retrouvent le chemin de l’émotion et de l’intelligence d’un public non prévenu.
Hopper, Bellows et d’autres artistes de premier plan sont restés étrangers et indifférents à diverses ‘révolutions’ artistiques et ils ont eu à en payer le prix. Quand, en 1989, une exposition Hopper a été proposée au Centre Pompidou, elle fut refusée sous prétexte qu’il s’agissait d’un artiste provincial et négligeable, écrasé par la révolution expressionniste abstraite et le pop art qui avaient fait de New York la capitale mondiale des arts.
Ce refus est un cas typique de déni du droit à la beauté, et d’exercice bureaucratique du droit à la culture, au sens équivoque que ce mot peut prendre. En 1989, l’exposition Hopper trouva refuge à Marseille, au Musée Cantini, tant mieux pour les précurseurs Marseillais! Ce fut le poète Yves Bonnefoy qui reconnut en Europe le génie de Hopper et le grand talent de quelques autres peintres américains comme Winslow Homer, son prédécesseur, ou comme George Bellows, son contemporain. Ces peintres ont choisi de peindre pour découvrir, de l’intérieur, la vérité de la lumière américaine, la singularité des lieux de ce grand pays et des manières d’être de ses habitants.
Ce que Canaletto a fait pour Venise, Vermeer pour les intérieurs hollandais, Constable pour la campagne anglaise, Corot pour les paysages franciliens, Hopper l’a fait pour la côte Est des États-Unis.
Mais, avec ces antécédents, il est assez étonnant d’entendre aujourd’hui le concert unanime de voix parisiennes portant aux nues un peintre refusé vingt-cinq ans plus tôt. Aux États-Unis, un autre poète, Mark Strand, dans un livre illustré sur Hopper publié en 2001, a dédouané définitivement le peintre de son classement local, le hissant à son vrai rang. Ce peintre affligé par les expressionnistes abstraits, les pop-artistes et le chœur de l’étiquette ‘locale’ s’est montré un tel métaphysicien de la lumière et un moraliste si pénétrant du génie des lieux que, sans l’avoir prétendu, il peut se retrouver maintenant au premier rang dans la famille universelle des peintres-poètes de l’École du silence.
Selon les peintres-poètes de la famille de Hopper, la beauté ne saurait se résumer à la flatterie esthétique ou à la satisfaction de l’amour-propre. La forme est là pour inviter à découvrir et savourer la substance de vérité qu’elle enveloppe. C’est à un banquet complet que nous convie le grand art, qui ne trompe les sens que pour mieux mettre l’esprit sur la voie d’une vérité inconnue. Un tel jeu est inconcevable ou insupportable à quiconque s’emploie à écouler, pour la galerie, à n’importe quel prix et sur la foi d’un nom ou d’une marque célèbre, n’importe quel présumé concept culturel labellisé au bon endroit.
Hopper a commencé par étudier la lumière parisienne au cours de ses séjours (entre 1906 et 1910), et c’est par comparaison qu’il a découvert la lumière proprement américaine. À partir de cette trouvaille, il a pu réfléchir, dans un éclairage ni flatteur ni cruel, mais révélateur de leur vérité, celle de la quotidienneté de la vie américaine et du climat propre à chacun de ses lieux, urbains ou ruraux. Hopper a su pénétrer et exposer l’humanité américaine aux prises avec sa dure lumière, son immense espace et son individualisme égaré dans la foule solitaire.
Ce n’est qu’un cri, maintenant, de ce côté de l’Atlantique, 25 ans après le refus du Centre Pompidou: Hopper! Hopper! Quel soulagement après tout ce temps de refoulement de la reconnaissance et de soumission aux rengaines de ‘l’artistiquement correct’. Une sociologie historiciste et déterministe de la culture avait fait traiter Hopper et ses collègues en parents pauvres ou leur avait refusé l’existence. Un sentiment plus libre et plus juste des scellements oubliés entre beauté et vérité, entre art visuel et poésie, entre localité et universalité, fait reconnaître en lui un classique qu’on ne peut plus laisser au placard.
Certainement, le droit à la beauté ne se proclame point, mais il se conquiert en dépit de tous les obstacles, par l’exercice d’une antenne intérieure fragile et sévère, affreusement méprisé et persécutée par certains militants de l’artistiquement correct et du droit à la culture qu’ils veulent être seuls à définir, mais dont la persévérante exigence à des chances de l’emporter. Cette antenne s’appelle le goût.
La persévérance, l’alimentation du goût, le refus des sentiers battus par des supposés pontifes de la culture, le cours du temps qui finit par séparer le bon grain de l’ivraie…voilà quelques facteurs qui, un jour ou un autre, peuvent conduire à la reconnaissance d’un artiste et de son œuvre.
Fidèles à notre rendez-vous trimestriel nous vous présentons aujourd’hui une relation des meilleurs expositions que vous pourrez visiter ce printemps, à Paris et ailleurs.
C’est bien sûr un choix personnel, mais, à mon avis, assez large pour que chacun d’entre vous puisse trouver l’exposition qui l’intéresse ou qui peut l’intéresser.
La primavera es una buena época para empezar a salir con mayor asiduidad, e ir a los museos, a las salas de exposiciones o a las galerías puede ser una idea excelente.
Le printemps est une saison pour commencer à se balayer, à sortit plus souvent, et, dans ce sens, aller aux musées, aux salles d’expositions et aux galleries peut devenir une excellente idée.
Profitez-en bien!
Expositions à Paris:
- »Marie Laurencin (1883-1956), Musée Marmottan-Monet », 21.02-30.06.
- »Soleil froid (Julio Le Parc) », Palais de Tokyo, 27.02-20.06.
- »La valise mexicaine. Capa, Taro, Chim », Musée d’art et d’histoire du Judaïsme, 27.02-30.06.
- »L’ange du bizarre – Le romantisme noir », Musée d’Orsay, 05.03-09.06.
- »Boudelle – Le Broyeur de sombre, Dessins de jeunesse (1880-1895), Musée Bourdelle, 06.03-07.07.
- »Bronzes rituels – Trésors de la Chine ancienne », Musée Guimet, 13.03-10.06.
- »Art sacré du Tibet – Collection Alain Bordier », Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent, 13.03-21.07.
- »Eugène Boudin. Au fil de ses voyages », Musée Jacquemart-André, 22.03-22.07.
- »De l’Allemagne, 1800-1039″, Musée du Louvre, 28.03-24.06.
Et ailleurs:
- »Matta. Fictions », Museum Frieder Burda, Baden-Baden, 19.01-02.06.
- »Fenêtres. De la Renaissance à nos jours. Dürer, Monet, Magritte,… », Fondation de l’Hermitage. Lausanne, 25.01-20.05.
- »L’oeil d’un collectionneur. Redon et Denis. Rêve, amour, sacré », Musée Bonnard, Le Cannet, 26.01-28.04.
- »L’impressionnisme et la peinture de plein air de Corot à Van Gogh », Museo Thyssen-Bornemisza, Madrid, 05.02-12.05.
- »Antoine Watteau. La leçon de musique », Palais des Beaux-Arts, Bruxelles, 08.02-12.05.
- »Chagall, Maître de la Modernité », Kunsthaus, Zurich, 08.02-12.05.
- »Becoming Picasso: Paris 1901″, The Courtauld Gallery, London, 14.02-26.05.
- »Roberto Matta, du surréalisme à l’histoire », Musée Cantini, Marseille, 15.02-19.05.
- »Chagall: beyond color », Museum of Art, Dallas, 17.02-26.05.
- »Alberto Magnelli. Pionnier de l’abstraction », Musée d’Ixelles, 21.02-26.05.
- »Marc Chagall, d’une guerre à l’autre », Musée national Marc Chagall, Nice, 23.02-20.05.
- »Auguste Herbin, Musée d’Art moderne, Céret, 02.03-26.05.
- »Soulages XXIè siècle », Académie de France à Rome, Billa Médicis, Roma, 02.03-16.06.
- »Christian Boltanski », Kunstmuseum, Wolfsburg, 02.03-21.07.
- »Matisse – La couleur découpée », Musée Matisse, Le Cateau-Cambrésis, 03.03-09.06.
- »Sam Szafran », Fondation Pierre Gianada, Martigny, 08.03-16.06.
- »Alberto Giacommeti », Musée de Grenoble, 09.03-09.06.
- »Disegno & Couleur. Dessins italiens et français du XVIè au XVIIIè siécle », Musée des Beaux-Arts, Tours, 16.03-27.05.
- »L’art en guerre. 1938-1947: de Picasso à Dubuffet », Guggenheim Museum, Bilbao, 16.03-08.09.
- »Dalí, retrospectiva », Museo Reina Sofía, Madrid, 24.04-02.09.
L’automne est une saison qui ne laisse personne indifférente. Ou on l’aime, de pour ses paysages mélancoliques et pour certaines traditions, ou on ne l’aime pas du tout, parce que c’est le signe avant-coureur de l’hiver et parce que les jours sont beaucoup plus courts et que les vacances ne sont déjà que des souvenirs.
Mais du point de vue de l’activité artistique, l’automne est souvent une période privilégiée de nouvelles expositions, de grandes rencontres et de nouvelles perspectives. Cet automne, malgré tout, est très riche en événements. Une richesse dont il faut être capable de profiter.
Alors voilà la liste que j’ai été en mesure de rassembler:
Expositions à Paris:
« Canaletto-Guardi, les deux maîtres de Venise », Musée Jacquemart-André, 14.09.2012-14.01.2013.
« Canaletto à Venise », Musée Maillol, 19.09.2012-10.02.2013.
« Le cercle de l’art moderne : Avant-gardes au Havre », Musée du Luxembourg, 19.09.2012-06.01.2013.
« L’impressionnisme et la mode », Musée d’Orsay, 25.09.2012-20.01.2013.
« Rubens, Van Dyck, Jordaens – Peintures baroques flamandes », Musée Marmottan Monet, 20.09.2012-03.02.2013.
« Mary Cassatt à Paris : Dessins & Gravures de la Collection Ambroise Vollard», Mona Bismarck American Center for Art & Culture », 26.09.2012-20.01.2013.
« Bohèmes », Grand Palais, 26.09.2012-14.01.2013.
« Chaïm Soutine (1893-1943), l’ordre du chaos », Musée de l’Orangerie, 03.10.2012-21.01.2013.
« Van Gogh, rêves de Japon & Hiroshige, l’art du voyage », Pinacothèque de Paris, 03.10.2012-17.03.2013.
« La collection Michael Werner », Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, 05.10.2012-03.03.2013.
« Edward Hopper », Grand Palais, 10.10.2012-28.01.2013.
« Raphaël, les dernières années », Musée du Louvre, 11.10.2012-14.01.2013.
« L’art en guerre, France 1938-1947. De Picasso à Dubuffet ». Musée d’Art moderne de la Ville de Paris, 12.10.2012-17.02.2013.
« Antoni Muntadas – Entre/Between», Jeu de Paume, 16.10.2012-20.01.2013.
Expositions ailleur:
« La permanence de la gravure : de Dürer à Goya ». Œuvres de la Collection Gelonch Viladegut : Musée des Arts et Métiers du Livre, Montolieu (Aude), 26.05-20.10.2012.
« Miró, sculptor », Yorkshire Sculpture Park, Leeds, 13.03.2012-06.01.2013.
« Antoni Tàpies. Image, corps, pathos. Hommage à l’artiste », Musée d’Art moderne, Céret, 30.06-14.10.2012.
« He was wrong: Pablo Picasso vs Marcel Duchamp », Moderna Museet, Stockholm, 25.08.2012-03.03.2013.
“1912- Mission Moderne”, Wallraf-Richartz Museum, Köln; 31.08-30.12.2012.
« 30 Biennal de Sao Paulo », 07.09-09.12.2012.
« Derain, Dufy, Matisse, Picasso…La céramique des peintres », Musée d’art moderne, Troyes, 09.07-02.12.2012.
« Arte povera, une révolution artistique », Kunstmuseum, Basel, 09.09.2012-03.02.2013.
« Pre-Raphaelites – Victorian Avant-Garde », Tate Britain, London, 12.09.2012-13.01.2013.
« Auguste Lepère : De Paris à Barbizon, Estampes », Domaine de Sceaux, 14.09-16.12.2012.
« L’Empereur Maximilien Ier (1459-1519) et l’art de son temps », Albertina Museum, Vienna, 14.09.2012-06.01.2013.
« Bronze », Royal Academy of Arts, London, 15.09-09.12.2012.
« La gravure en mouvement du XVè au XXIè Siècle », La Ferme Ornée, Yerres, 15.09-02.12.2012.
« Francesco Guardi, 1712-1793 », Museo Correr, Venezia, 28.09.2012-06.01.2013.
« Delacroix et l’aube de l’orientalisme », Domaine de Chantilly, 30.09.2012-07.01.2013.
« Edgar Degas », Fondation Beyeler, Bâle, 30.09.2012-27.01.2013.
« Fables du paysage flamand : Bosch, Bruegel, Bles, Bril». Palais des Beaux-Arts de Lille. 06.10.2012-04.01.2013.
“William Klein + Daido Moriyama”, Tate Modern, London, 10.10.2012-13.01.2013.
“Voyage dans l’exotisme. Hommage à Gauguin », Museo Thyssen-Bornemisza y Fundación Caja Madrid, Madrid, 09.10.2012-13.01.2013.
“Jordaens et les antiques”, Musées royaux des beaux-arts de Belgique, Bruxelles, 12.10.2012-27.01.2013.
« Soulages, XXIè Siècle », Musée des Beaux-arts de Lyon, 12.10.2012-28.01.2013.
« Annette Messager – Continents noirs », Musée d’Art moderne et contemporain de Strasbourg, 13.10.2012-03.02.2013.
« La voie vers Van Eyck », Museum Boumans van Beuningen, Rotterdam, 13.10.2012-13.01.2013.
« Roy Lichtenstein », National Gallery of Art, Washington DC, 14.10.2012-13.01.2013.
« El joven Van Dyck », Museo del Prado, Madrid, 20.11.2012-03.03.2013.
Une grande recolte! Ah, et comme toujours, nous attendons vos commentaires.