Étienne Delaune, graveur de la Renaissance

Étienne Delaune était d’abord un orfèvre. Il a même fait une magnifique gravure qui représente, avec un réalisme saisissant, un atelier d’orfèvre. Et il faut constater à cet égard que de telles représentations d’artisans au travail étaient rarissimes à la Renaissance.

 

Ce burin illustre la proximité du travail de l’orfèvre et du graveur : les outils utilisés sont identiques et la production d’estampes assure un confortable complément de revenus.

 

Delaune était un orfèvre et graveur huguenot dans la France des guerres de religion, et il travailla pendant six mois (de janvier à juin 1552) à la Monnaie du Moulin que le roi Henri II venait d’établir sur l’île de la Cité. Pour l’histoire, il fut apparemment renvoyé en raison de prétentions salariales exorbitantes, mais d’autres chercheurs suggèrent que son orientation religieuse fut peut-être la véritable raison de sa mise à l’écart. Delaune poursuivit sa carrière à Paris avant de fuir après la Saint-Barthélemy.

 

C’est en exil, donc, que Delaune passa la fin de sa vie, continuant sa carrière de graveur et de médailleur. L’œuvre dessinée qui lui avait été attribuée a basculé vers un autre nom, Baptiste Pellerin. Mais les détails de la collaboration entre les deux artistes demeurent encore largement méconnus, d’autant que Delaune travailla aussi d’après Jean Cousin, Luca Penni, Niccolo dell’Abate, le Primatice ou Rosso. Il copia aussi les estampes de Marcantonio Raimondi.

 

Les gravures de Delaune ont généreusement servi de modèles aux émailleurs limousins comme aux orfèvres germaniques. Il a, par exemple, beaucoup travaillé sur des sujets comme les travaux des mois (la ‘Grande Suite des Mois’), parce que ses motifs simplifiés lui garantissaient un immense succès. Le thème à la fois religieux et profane permettait une grande facilité d’exécution, aisément utilisable pour des services d’apparat.

 

On retrouve ainsi les compositions diffusées par Delaune déclinées sur des vitraux civils, comme par exemple, dans de petits panneaux de verre qui décoraient les fenêtres des demeures de la Renaissance. Mais il y a aussi des camées en agate, en concret, un réalisé par Alessandro Masnago, et qui était destiné à la cour de Prague de l’empereur Rodolphe II, où la teinte bleutée de l’agate permet de créer à l’arrière-plan un dégradé de la mer et du ciel sur lequel se détachent des figures piochées dans la seconde estampe de la Suite de l’Histoire de Dianede Delaune.

 

Mais dans la même lignée, nous pouvons parler des éblouissants écritoires, comme par exemple un qui appartenait à Francesco Maria II, duc d’Urbino entre 1574 et 1626, d’une grande beauté et qui n’est qu’un objet prisé des élites lettrées et/ou princières de la Renaissance. Les écritoires contenaient tout le nécessaire pour écrire –encrier, plumes, papier- mais pouvaient aussi servir à la lecture, de la Bible par exemple. C’est certainement le cas de celle-ci, dont l’iconographie religieuse traduit en ivoire gravé plusieurs compositions de Delaune où l’on reconnaît plusieurs épisodes de l’Ancien Testament.

 

Il y aussi des pendentifs qui tirent leur inspiration d’une suite de grotesques gravés par Delaune avant 1566 où l’on retrouve une représentation identique du meurtre d’Abel.

 

L’art de Delaune a irrigué la création européenne dans tous les domaines des arts décoratifs, et si l’homme ne fut finalement pas le prolifique dessinateur que l’on croyait, ses motifs se retrouvent aussi bien sur des boiseries que sur des horloges de table. La sienne est une passionnante histoire de la circulation des images à l’échelle de l’Europe de la Renaissance.

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