Jean Moulin, résistant et graveur

L’histoire a gardé le souvenir de Jean Moulin comme étant le visage de la Résistance, un Compagnon de la Libération. Mais cet homme engagé était aussi un collectionneur d’art éclairé, un marchand de tableaux et un dessinateur prolifique. Une facette qu’on peut découvrir grâce aux legs de sa sœur Laure au Musée des Beaux-arts de Quimper; d’Andrée Escoffier-Dubois, petite-cousine de Jean Moulin, et d’Antoinette Sasse au Musée du général Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris; et aux œuvres qui garde la Bibliothèque Nationale de France.

En effet, Jean Moulin, né en 1899 à Béziers, manifesta très tôt des dons de dessinateur et commença à publier des caricatures dans des revues parisiennes (« Le Rire », « Ric et Rac » et « Gringoire »), publiant sous le pseudonyme de ‘Romanin‘, dès l’âge de 15 ans. Suivant la volonté familiale, il effectua des études de droit et deviendra en 1922 chef de cabinet du préfet de la Savoie à Chambéry, en 1925 sous-préfet à Albertville et en février 1930, sous-préfet de Châteaulin, dans le département du Finistère, en Bretagne.

Moulin sera particulièrement impressionné par les pardons auxquels il assiste, comme celui de Sainte-Anne-la-Palud, et dans sa sous-préfecture il fait la connaissance de Saint-Pol-Roux, il rencontre Max Jacob et il se lie avec un groupe d’artistes réunis à Quimper auteur du docteur Augustin Tuset, sculpteur et graveur amateur de talent. Dans ce groupe y figuraient aussi le peintre Lionel Floch et le céramiste et sculpteur Giovanni Leonardi. C’est par Leonardi que Jean Moulin réalisera une pièce unique en faïence, une Pietà.

Au contact de Floch et de Tuset, Moulin va se lancer dans la gravure, d’abord de gravures sur bois pour illustrer un ouvrage de son père, puis des eaux-fortes.

Il se prendra alors d’une véritable passion pour la poésie de Tristan Corbière (1845-1875), le poète de Morlaix que Verlaine situait parmi les poètes maudits aux côtés de Rimbaud et de Mallarmé. Jean Moulin entreprendra l’illustration des poésies d’Armor, un recueil faisant partie des Amours jaunes et qui comprend en particulier un poème, la Rapsode foraine, illustrant le pardon de Sainte-Anne-la-Palud. Moulin réalisera 8 gravures pour cet ouvrage de 60 pages qui sera publié en 1935 chez Helleu à Paris.

Les titres de ces 8 eaux-fortes sont: « Fête en Bretagne: Pardon de sainte Anne« , « Pastorale de Conlie », « Pardon en Bretagne », « La Rapsode foraine », « Le Pauvre en Bretagne », « Les Chômeurs », « Au pardon de Sainte-Anne » et « Femmes de Plougastel-Daoulas« . Le résultat est stupéfiant non seulement par la qualité des gravures mais aussi par la vision de la Bretagne, et tout spécialement la perception de la mort. On peut ainsi  remarquer que le trait de l’artiste est acéré, parfois torturé. Des critiques de l’époque s’étaient étonnés de la gravité de ces œuvres et, dans une lettre, Moulin leur répondit que ses eaux-fortes faisaient écho à l’ouvre profonde de Corbière, un poète maudit mort à l’âge de trente ans.

« Fête en Bretagne: Pardon de sainte Anne », eau-forte, 1935

Il réalisera aussi une seule lithographie qui aura comme titre « Geste d’amour« , et qui ne sera édité qu’en 1975 et une autre eau-forte, « Chômage« , qui sera publié en 1936.

Moulin signa aussi ces gravures sous le pseudonyme de ‘Romanin’, comme il l’a emprunté pour toute activité artistique à partir de 1922. Cet alias est inspiré du château féodal adossé aux Alpilles, entre Eygalières et Saint-Rémy-de-Provence, son berceau familial.

Jean Moulin rejoindra la France libre à Londres en septembre 1941 et il rencontrera le général de Gaulle. A l’issue de quelques entretiens, il sera envoyé à Lyon pour unifier les mouvements de la Résistance et il y sera arrêté le 21 juin 1943 et conduit au siège de la Gestapo. Il mourra dans la train qui le transporta en Allemagne le 8 juillet de la même année. Ces cendres présumées reposent au Panthéon à Paris.

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