Pardonnez-nous nos offenses

Pardonnez-nous nos offenses

De la visite de quarante-huit heures à Rome du président iranien, Hassan Rohani, on se souviendra des contrats signés pour un montant estimé à 17 milliards d’euros, une rencontre de quarante minutes avec le pape  François et une belle polémique: l’initiative prise par les autorités italiennes d’emballer dans des caisses des statues antiques du Musée du Capitole dont la nudité de marbre pouvait « choquer » le regard de leur hôte. C’est dans ce cadre, en effet, que le premier ministre, Matteo Renzi, a accueilli M. Rohani et sa délégation, lundi 25 janvier, pour un dîner, servi rigoureusement sans vin.

Donc pour ne pas froisser l’œil d’Hassan Rohani, les services du Premier Ministre, le « moderne » Renzi,  ont décidé de cacher les statues de Vénus qui ornent le Musée du Capitole. Alors, sans nus et sans vin, voilà des concessions classiques et subtilités du protocole par des Etats qui cherchent à vendre des avions sans être trop regardants sur le client. Mais nombre de voix en Italie, y compris celle du ministre de la culture, ont dénoncé une « capitulation » de nos valeurs culturelles. D’autant que c’est l’Iran qui a demandé que les sculptures soient cachées. Le journal La Repubblica résume l’affaire : « Fallait-il, pour ne pas offenser le président iranien, nous offenser nous-mêmes ? »

L’opposition accuse le chef du gouvernement d’avoir signé la « reddition » des valeurs du pays, de « renier sa culture » ou « de porter atteinte à l’art comme valeur universelle ». Art, culture, identité : des mots chers à M. Renzi, qui entend en faire un rempart contre le terrorisme…bon…

Par contre, le Président Hollande a préféré contourner : pas de musée ni de dîner, plutôt une collation – donc pas de vin –, pour la visite de M. Rohani à Paris, le  27 et 28 janvier. Rappelons qu’en 1999, la venue du président iranien Mohammad Khatami a dû être repoussée de six mois à la suite d’un incident diplomatique : il ne voulait voir aucun vin à table. L’Elysée a répondu non, on est chez nous. « Le dîner a été remplacé par un goûter d’Etat », se souvient François Nicoullaud, ancien ambassadeur de France à Téhéran.
Parce que l’enjeu de la question était de finaliser dans les prochains jours un accord pour l’achat de 40 avions par l’Iran– « 20 commandes fermes et 20 en option » – au groupe franco-italien ATR, numéro 1 mondial des avions régionaux à turbopropulseur, selon a déclaré le vice-ministre des transports, Asghar Fakrieh Kashan. ATR est détenu à parité par Airbus et l’italien Finmeccanica.

L’industrie du transport aérien en Iran était soumise à un embargo américain datant de 1995 empêchant les constructeurs occidentaux de vendre des appareils et des pièces détachées aux compagnies iraniennes, clouant au sol une partie de leur flotte. La levée des sanctions économiques qui touchaient l’Iran depuis 2006 va ouvrir de nouveaux marchés aux avionneurs européens.

Et, hop!, en plus, durant cette visite du président iranien Hassan Rohani, l’Iran a signé un contrat pour l’achat de 118 avions Airbus qui seront livrés dans les quatre prochaines années. Le chef de l’aviation civile iranienne avait indiqué à la mi-avril que l’Iran aurait besoin de 400 à 500 avions de ligne dans la prochaine décennie.

Cité par les médias iraniens, M. Kashan a affirmé que le montant de l’accord pour l’achat des Airbus était de 10 à 11 milliards de dollars (9,2 à 10,1 milliards d’euros) alors que le montant précédemment évoqué était de 25 milliards de dollars (23 milliards d’euros)…

Airbus, PSA, Aéroport de Paris, Bouygues, Vinci… La visite du président iranien, a permis la signature d’ambitieux protocoles d’accords entre des entreprises françaises et l’Iran, dix jours après la levée de l’essentiel des sanctions économiques. Celles-ci avaient été adoptées il y a dix ans par les Nations unies, les Etats-Unis et l’Union européenne pour peser sur le programme nucléaire du pays.

De toute façon, la mise en œuvre de ces contrats s’annonce lente tant les banques françaises, comme la plupart de leurs homologues européennes, craignent de se réengager dans ce pays.

Mais ce qu’il faut retenir de cette histoire c’est que  s’il faut cacher notre culture, céder au chantage, ou nous offenser nous-mêmes…nous sommes prêts à le faire, et M. Renzi en tête!…pour des bons contrats, pour des bonnes œuvres…. Nous sommes de plus en plus médiocres et prévisibles. Et sans jamais oser demander une juste réciprocité.

 

 

Etiquettes: censure, France, Iran, Italie

Pas de commentaires

Commenter

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.
Les champs obligatoires sont marqués avec:


Vous pouvez utiliser ces tags HTML et des attributs: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>