Zola, impressionnisme et critique d’art

Pour Gustave Flaubert, faire le Salon était un « début littéraire qui pose très bien son homme » (!). Et certainement, cette définition n’est pas qu’une boutade, parce qu’en effet, quand l’art a les honneurs des journaux, c’est que c’est l’époque du Salon. Cette exposition d’art contemporain était souvent la seule occasion pour les artistes vivants de se faire connaître. Et, en plus, avant la fin du XIXè siècle, le critique d’art professionnel et exclusif n’existait pas. Il s’agissait d’une activité annexe, pratiquée par des écrivains à qui elle apportait parfois un début de gloire; cela fut le cas, par exemple, d’Émile Zola, un auteur qui a donné au genre de la critique d’art ses lettres de noblesse.

Tandis que Diderot faissait des descriptions évocatrices des tableaux, avec un ton faussement ingénu au service d’une défense acharnée des bons principes qui doivent guider l’art; Émile Zola préfèrait mettre en avant l’expression du tempérament, c’est-à-dire, la personnalité et l’individualité de l’artiste; et de son côté, Baudelaire s’inclinait pour mettre en valeur « le vrai peintre, qui saura arracher à la vie actuelle son côté épique, et nous faire voir et comprendre, avec de la couleur et du dessin, combien nous sommes grands et poétiques dans nos cravates et nos bottines vernies ».

Ces écrivains recherchent aussi des peintres qui poursuivent, pinceaux en main, les mêmes buts qu’eux dans leurs écrits. Un constat que l’on pourra appliquer aux écrivains-critiques du XXè siècle (comme André Breton, Guillaume Apollinaire et Louis Aragon). Voyons quelques exemples:

Zola débuta dans la presse, dans l‘Événement, comme redacteur des comptes-rendus du Salon. Mais, à 26 ans, Zola ne faissait pas dans la dentelle, et pour sa toute première chronique il assassina littéralement le jury du Salon, coupable à ses yeux de sélectionner à tort et travers les peintres qui y expossent. Il prend la défense d’Édouard Manet (qui avait été refusé après avoir été admis les années précedentes), et en profite pour cogner allègrement sur les artistes académiques comme Alexandre Cabanel ou Jean-Léon Gérôme, alors en pleine gloire. Et, un peu plus tard, il dézingue ceux qu’il avait autrefois admirés, mais qui ont, selon lui, faibli tels Gustave Courbet ou Jean-François Millet…et arrivent les lecteurs furieux et les menaces de désabonnement…mais Zola ne va pas s’en tenir là parce qu’il est hyperactif et les succesifs Salons l’occupent.

Mais Zola a du flair. Outre Manet, détecte, dès son premier Salon, le talent d’un quasi inconnu, Camille Pissarro, et, en 1868 déjà, d’autres jeunes loups déboulent dans ses comptes-rendus: Monet, Degas, Renoir, Bazille…Il n’oublie presque aucun de ceux que l’on n’appelle pas encore les impressionnistes…Mais, comme d’habitude chez lui, l’idylle sera d’assez courte durée., parce que plus les impressionnistes se détachent du réalisme pour exprimer leur sensations, moins il adhère, lui qui ne voulait pas être le porte-drapeau d’une école.

Après les avoir célébré, Zola les déchante. Il écrit que Monet « se contente d’à-peu-près« , et il s’inspire de Cézanne poue le ‘héros’ de L’Oeuvre, un peintre raté…Au point que, dans son dernier article sur l’art (en 1896), le bilan de 30 années artistiques est terrible: « aucun grand peintre ne s’est révélé, ni un Ingres, ni un Delacroix, ni un Courbet« . Quant aux impressionnistes, ils ont gagné la partie, mais Zola le regrette bien: « C’est pour ça que je me suis battu? Seigneur, étais-je fou? Mais c’est très laid, cela me fait horreur« …Bon, rien de nouveau, dans le domaine des difficiles relations entre artistes et critiques d’art. Plutôt, Zola n’est qu’un précurseur.

 

Etiquettes: critique d'art, Zola

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