Fernand Léger ou l’image comme fin en soi

Contrast of form (1913)

Contrast of form (1913)

Fernand Léger fut un des artistes qui rejoignirent le cubisme. Il serait injuste et erroné de ne pas le mentionner, à côté de Braque, Gris et Picasso, parmi eux qui frayèrent la voie au cubisme. Non qu’il se soit trouvé d’emblée à l’entrée du chemin en même temps qu’eux, non. Mais, tout en étant stimulé par Braque et Picasso, il suivait son propre chemin pour aboutir à d’autres résultats.

Léger avait été, au début de sa carrière, un peintre de lumière. Et voilà qu’un jour il surprit tout le monde par un grand tableau totalement étranger à la peinture luministe. Il figura au Salon des Indépendants de 1910, et dans ce tableau il y représentait des hommes parmi des arbres, le tout ramené aux formes les plus simples: les arbres ressemblaient à des tuyaux de poêle et les hommes à des cylindres et des sphères. La couleur était discrète, harmonisée. Selon Kahnweiler, pour certains, « ce n’était pas de cubisme, mais du ‘tubisme' »…

Les années suivantes n’amenèrent qu’un seul changement dans l’œuvre de Fernand Léger: les couleurs. En effet, les couleurs passèrent de pâles et légèrement brossées au début (années 1910-11) à se gonfler tels de nuages qui prennent forme, bien accordées entre elles, puiselles vont prendre progressivement plus de vigueur, jusqu’au moment où l’on verra éclater le tableau d’une jubilation de tons purs (bleu, rouge, blanc).

Chez Léger, une expérience visuelle lui sert de point de départ. Mais, il lui arrive de s’en éloigner, de la traduire de différentes manières dans plusieurs tableaux; il semble se répandre en variations sur le thème qu’il a choisi. Il compose quelquefois des structures de formes qui ne transmettent plus au spectateur l’événement visuel dont elles émanent. Le but de Léger c’est son tableau, auquel il subordonne tout le reste; l’objet lui sert souvent de prétexte plutôt que de modèle. Et, alors, on peut se demander s’il s’agit encore de cubisme…

Pour le marchand des cubistes, Mr. Kahnweiler, la réponse c’est oui, bien qu’il exprime que « chez Léger, l’unité du tableau importe plus que la variété de l’expérience vécue. Car, malgré tout, le travail de Léger consiste toujours à capter une réalité visuelle, et cette captation s’effectue bien dans le sens du cubisme« .

C’est vrai qu’on peut reconnaître dans Léger la volonté de saisir la diversité du monde extérieur à trois dimensions dans l’unité du tableau, et c’est la diversité à trois dimensions, la profondeur, que le cubisme veut rendre visible. Il est cubiste, mais il le souligne par d’autres moyens que Braque et Picasso. En fait, Léger simplifie toutes les formes, il les rend plus grossières, il les ramène à des figures aussi proches que possible des formes fondamentales (cube, sphère et cylindre), montrant une prédilection particulière pour le cylindre. Il prend toujours soin de sauvegarder l’intégrité de la forme et ne va jamais jusqu’à la briser. Les formes sont modelées, arrondies au moyen du clair-obscur de la manière la plus simple, la plus expressive. La lumière ne sert qu’à faire apparaître la forme, qui est mise en relief avec le maximum de vigueur en éclairant un des côtés et en ombrant l’autre.

En définitive, que veut Léger? Il veut être efficace. Ce qu’il veut obtenir c’est l’extrême vigueur des formes à trois dimensions, l’éclat strident des couleurs. Ce qui l’anime, c’est la volonté de puissance du tableau, c’est la souveraineté de celui-ci s’imposant victorieusement. Il y a là une énorme force qui déborde et se déchaîne en un fulgurant fracas.

Etiquettes: Cubisme, Fernand Léger

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