Les estampes japonaises, Monet, Van Gogh,…

Katsushika Hokusai, "Fuji vermell" (1831)

Katsushika Hokusai, « Fuji vermell » (1831)

Les expositions universelles à Paris contribuèrent à la diffusion du goût japonais, en particulier celle de 1867 où le grand public eut l’occasion de voir une centaine d’estampes commandées par le gouvernement japonais à des artistes contemporains, comme Kunisada, Sadahide, Yoshitora ou Yoshitoshi. Mais, surtout l’Exposition universelle de 1878 déclencha un engouement nouveau. Savants, critiques, marchands et galeristes relayaient un mouvement qui allait perdurer longtemps et auquel Monet adhéra parmi les premiers. Les collections s’étaient multipliées chez les voyageurs (Cernuschi, Duret, Guimet); chez les écrivains, les poètes et les érudits (Baudelaire, Champfleury, les Goncourt, Zola, Clemenceau); chez les industriels (Haviland); Chez les artistes (Manet, Monet, Rodin, Bracquemond, Carolus-Duran, Toulouse-Lautrec, Whistler, Bonnard, Degas, Pissarro, Tissot, Fantin-Latour, Van Gogh)…

Van Gogh, par exemple, très amateur d’estampes, était bien placé pour en acquérir aux Pays-Bas, premier carrefour du marché de l’art avec l’Extrême-Orient, grâce à la Compagnie hollandaise des Indes orientales. En 1887, il organisait une exposition au café du Tambourin à Paris, un désastre commercial d’ailleurs, et dont la postérité devait se révéler moins durable que son hommage aux Japonais, en particulier à Hiroshige, dans sa propre peinture: de son ‘Pont sous la pluie‘ (1887) à son dernier ‘Champ au lever du soleil‘ (1889).

Monet, qui allait se vanter d’avoir découvert le premier les estampes nippones, en avait sans doute vu dès 1871, lors d’un voyage à Zaandam, aux Pays-Bas, où il était parti pour peindre. Et bien avant les belles expositions des années 1880-1890 des galeries comme Georges Petit ou Durand-Ruel, il fréquentait, comme tous ses amis amateurs, les boutiques parisiennes spécialisées rue Vivienne. À cet égard, la première à vendre des estampes japonaises fut Mme. Hatty, mais d’autres boutiques ouvrirent dès les années 1870, tenues par des Occidentaux devenus bibeloteurs au Japon, quand ce ne sont pas les Japonais eux-mêmes qui installaient des succursales à Paris (Mitsui et Cie, Wakai ou Hayashi).

Monet se retrouva ainsi au centre d’un réseau d’amateurs qui ne le fréquentaient pas seulement en vertu de son goût des estampes mais aussi de son art en rapport avec le monde flottant japonais. Dans cette liste d’amateurs on peut y trouver Siegfried Bing, Théodore Duret ou Clemenceau. Grâce à Camille Pissarro, il rencontra, dès 1873, le collectionneur et critique Théodore Duret, fils d’un bourgeois négociant en cognac et ardent républicain, qui avait dû s’expatrier comme Cernuschi pour échapper à la peine capitale, et en avait profité pour explorer davantage le monde de l’Extrême-Orient, d’où il avait ramené de nombreux objets.

Duret était en mesure de dialoguer avec Monet, d’autant plus que son intérêt résidait dans sa double réflexion sur l’art japonais et sur l’art occidental. En 1885, il analysa le monde flottant des estampes ukiyo-e en relation avec la conception impressionniste de la nature et notait que les Japonais n’ont pas vu la nature en deuil et dans l’ombre mais colorée et pleine de clarté, comme Monet et Manet avaient eu le goût de la peinture claire, quitte à déplaire à leurs contemporains.

Pour sa part, le critique Gustave Geffroy eu un rôle important dans le cercle des japonisants et même auprès de Monet lui-même, qu’il remit en contact avec Clemenceau en 1890. Ce dernier, qui s’intéressait d’aussi près à l’art japonais qu’à l’art grec, grâce à son ami Francis Steenackers, consul à Yokohama, avait fini par réunir des estampes japonaises suffisamment belles pour être présentées à l’Exposition de l’École des Beaux-arts, en 1890. Et on peut aussi noter que, déjà en 1873, lors d’une présentation de gravures à la galerie Durand-Ruel, le critique Armand Silvestre signait le préface du catalogue en risquant le parallèle entre l’art japonais jusqu’alors connu et celui de Monet, avec ses reflets multicolores de soleil couchant sur une eau légèrement remuée, ou sa lumière blonde, sa gaieté, sa clarté, sa fête printanière, ses soirs ou ses pommiers en fleur.

Depuis, bien des comparaisons se sont multipliées entre des paysages de Monet et les estampes nippones, entre ses rameuses en plein air et les scènes japonaises où le moment fugitif est capté au détriment du réalisme, entre un paysage de Honfleur de 1865 avec une estampe de Hiroshige, entre ses grands glaïeuls de 1876 et la rivière de cristal de Kuniyoshi, entre le jardin de Sainte-Adresse de 1867 ou le pont d’Argenteuil de 1874 et une vue ou un pont de Hokusai, entre…

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