Les musées, repères et vitrines de la société

Les musées, repères et vitrines de la société

Les musées sont l’exact reflet de la période rétro-future qui s’ouvre. Elle est rétro parce que nous n’envisageons plus de faire table rase du passé. Pour autant, nous ne pouvons entrer dans l’ère du tout-conservation publique. Nous devons organiser une conservation partagée, comme nous devons d’ailleurs choisir ce que nous restaurons et là où s’impose le respect du passage du temps (contre le tout-restauration, la disneylandisation du patrimoine). Parallèlement, nous avons besoin d’innover par de nouveaux sujets, de nouvelles perspectives (l’écologie, les images numériques, les actions hors les murs physiques ou virtuelles…), d’autres types de collections, des bâtiments inventifs, des lieux inédits… Les musées s’inscrivent totalement dans cette perspective.

Ils cumulent des atouts croisés : le patrimoine immobile (bâtiments, paysages…), le patrimoine mobile (collections), la culture immatérielle (objets symboles, lieux-signes, mémoires locales…). Nos réalités sont stratifiées désormais et pas en concurrence mais en complémentarités. Les musées sont locaux, régionaux, nationaux et peuvent avoir une portée internationale. Voilà pourquoi culture, tourisme, diffusion multimédia doivent aller de pair. Mais à condition d’abord de conduire des réflexions sur l’aménagement du territoire culturel. Au temps de vaches maigres, il faut probablement repenser la conservation de façon partagée et coordonnée, savoir ce qu’on veut mettre en avant, ce qui doit faire signe ou sens, dans ce qu’on peut appeler une Local Pride (« j’aime où je vis et je sais pourquoi ») qui comprend l’innovation et l’image qu’on souhaite donner à l’extérieur pour des raisons culturelles et économiques.

Les musées ne peuvent plus doublonner comme c’est le cas, ni se perpétuer sans projet culturel, sans inscription locale, sans rôle dans la diffusion du savoir comme dans les développements territoriaux diversifiés. Les grandes institutions ont un devoir d’animation. Les petites ont toute leur utilité si elles constituent des pôles d’excellence identifiés en réseau. Le ministère de la Culture enfin, sauf à disparaître, doit redéfinir ses missions au XXIe siècle. Pour les musées, il faudrait disposer d’une Agence des musées qui puisse conseiller, abriter les réseaux autour des grands établissements, démarcher les régions pour aider à se structurer et à définir des points-phares culturels, rassembler l’offre culturelle et pédagogique multimédia dans des plates-formes régionales, nationales, européennes et à destination des autres continents.

Car l’enjeu des musées aujourd’hui, c’est bien la reconquête du local par une politique culturelle réfléchie entre les élus et des professionnels respectés, la capacité à faire image et signal pour toutes les associations et entreprises, tout en structurant un territoire en réseaux, territoire qui est à la fois géographique et immatériel. Désormais, l’action du musée hors du musée va devenir souvent plus importante que le résultat des simples visites physiques. C’est à cette aune qu’il faudra mesurer son impact au temps où les professions du patrimoine mobile se rapprochent (bibliothèques, médiathèques, musées, documentations…). C’est ainsi qu’ils devront jouer un rôle majeur dans le nouvel impératif éducatif et civique de notre époque : apprendre à lire fut en effet l’enjeu des siècles précédents ; apprendre à voir est celui de notre planète interconnectée.

Il est donc urgent de clarifier les rôles de chacun et de ne pas rater les perspectives du futur, sauf à décider un laisser-faire qui tuera les petits, conduira au diktat du commerce et de potentats méprisant le savoir et la découverte, finissant aussi par rendre inutile un ministère réduit aux acquêts. Les parcs d’attraction ont leurs mérites. Les lieux d’émerveillement et de savoir devant des collections ont les leurs, dans une vue directe comme dans des vues indirectes, dans la pédagogie, la recherche, comme dans l’événementiel ou la commercialisation. Gageons que ce bel enjeu ne pourra se faire que dans la coordination et la complémentarité pour des professions respectées dialoguant avec les élus, une Administration ouverte aux transformations et des grands établissements soucieux de l’épanouissement de tous.

Etiquettes: Musées, Société

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