La ‘lutte de classes’ au Musée ?

La ‘lutte de classes’ au Musée ?

En lisant l’édition du Monde du 19 décembre dernier, nous avons connu que le mercredi 7 décembre, une enseignante du lycée professionnel Maurice-Utrillo de Stains (Seine-Saint-Denis) postait sur son compte Facebook un ‘témoignage’ détaillant une visite qui s’était déroulée le matin même au Musée d’Orsay avec une classe de 1re. Un long texte à charge contre le personnel du musée qui a depuis été largement relayé par les internautes et les médias.

Selon l’enseignante, tout a commencé lorsqu’elle « voit un surveillant de salle crier à [s]es élèves “Fermez vos gueules” en boucle, sans aucune raison ». Elle affirme être intervenue calmement, mais s’être fait à son tour « hurler dessus ». L’agent aurait par ailleurs tenu des propos désobligeants à son égard –« C’est quoi ces vêtements ? », « On ne sait même pas si c’est un homme ou une femme ». Il aurait même « bousculé » la seconde enseignante encadrant la sortie scolaire.

Prise à partie par plusieurs surveillants attirés par les cris de leur collègue, la classe est alors invitée à « partir » :« Les élèves sont juste bouches bées (…), ils ne comprennent rien, moi non plus », relate la professeure, qui poursuit la visite. Alors qu’un nouvel agent « tente d’apaiser la situation », la classe s’engage « à ne plus faire aucun bruit ».

Pour calmer ses élèves, qu’elle décrit à ce moment-là comme « des boules de nerfs », l’enseignante leur propose alors « de se promener en autonomie » :« Cinq minutes plus tard, ils reviennent (…) en disant qu’on ne les laisse pas tranquilles, que dès qu’ils entrent dans une salle ils sont suivis, engueulés pour… leur présence. » Ils finissent par renoncer : « La conclusion de mes élèves : première et dernière fois dans un musée, pour certains première et dernière fois à Paris.» Une conclusion peut-être un trop rapide, à mon avis…

Et de fustiger au passage « ces musées publics soi-disant en politique d’ouverture aux classes de ZEP ». Elle affirme que d’autres élèves, « majoritairement blancs, bourges, parisiens », faisaient du bruit à Orsay sans subir le même sort que sa classe. Je considère assez curieux que pour ne pas être stigmatisés (injustement, peut-être) l’enseignante choisisse de stigmatiser les autres…

Mais, face à ces accusations de discrimination, le musée a réagi par voie de communiqué deux jours après la visite, pour affirmer que c’est le « comportement bruyant » du groupe qui serait à l’origine de l’altercation, et souligner le fait qu’il accueille « plus de 150 000 élèves chaque année, de tous horizons ».

Le syndicat CGT- Musées Orsay-Orangerie a dans la foulée apporté son soutien aux équipes de « l’accueil, du standard téléphonique et de la communication Web (…), assaillis d’insultes ». Dans la meilleure tradition corporatiste…

Le Ministère de la Culture, de son côté, a pris la situation au sérieux et a annoncé, mercredi 14 décembre, que le directeur général des patrimoines, qui exerce la tutelle du Musée d’Orsay, avait rencontré la veille la direction du musée « pour faire un point sur l’incident », à la demande d’Audrey Azoulay. Avec pour objectif de remettre à la ministre, début janvier, « un rapport décrivant les enseignements à tirer de cet incident ». Le ministère a par ailleurs exigé du musée « qu’une analyse des modalités de préparation des visites de groupes scolaires soit établie ». De la parfaite bureaucratie…

En suivant le feuilleton (où interviennent surveillants, enseignants, élèves, syndicats, direction et communication musée, ministère et médias), le musée précise que l’« un des agents impliqués s’est dit choqué par cette altercation et les insultes qu’il a reçues, et est depuis en congé maladie ». Tradition oblige…

Et, en plus, la communication du musée considère nécessaire de souligner que les responsables pédagogiques « sont navrés de voir leurs efforts remis en cause par cette polémique » et « rappellent l’intérêt des visites accompagnées », gratuites pour les groupes scolaires.

Le musée précise, aussi, que le partenariat avec le lycée Maurice-Utrillo remonte à 1993, et que sept visites ont été organisées par l’établissement cette année. La dernière en date a eu lieu après l’incident, le 15 décembre.

Alors, conclusions (de ma part) : excès de peau fine, enseignants prêts au combat pour sauver les soldats de Stains tout en stigmatisant les autres, agents du musée surpassés (probablement, par cumul) et bien enracinés dans la hyper-tradition syndicale, un Ministère de la culture qui bosse pour la paix du système et la création des commissions de concertation et d’analyse (sans trop écouter le récit des faits),…et le tout, dans un esprit de recherche d’un dialogue constructif, dans un climat apaisé, pour entendre le ressenti des élèves…Quelle est belle la langue française !…même en assistant aux obsèques du service publique à la française…

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