À l’aube de l’estampe occidentale (1)

À l’aube de l’estampe occidentale (1)

Les premières xylographies occidentales, exécutées en Allemagne, dans les anciens Pays-Bas, en France et en Italie au cours du dernier quart du XIVe siècle, précèdent de quelque cinquante ans les premières gravures sur cuivre (vers 1430) et de plus de quatre siècles les premières lithographies (1796).

Un premier constat: aucune gravure sur bois antérieure à 1461 ne porte de signature et quatre d’entre-elles seulement sont dotées d’un millésime:

  1. « 1418 »: sur une ‘Vierge avec quatre saints’, pièce découverte dans un coffre des archives de Malines en 1844, de nos jours conservée à la Bibliothèque Royale de Bruxelles,
  2. « 1423 »: sur un ‘Saint Christophe’ trouvé en Souabe par le collectionneur Heinecken, dans un manuscrit de la Chartreuse de Buxheim, aujourd’hui à la Ryland’s Library de Manchester,
  3. « 1437 »: sur un ‘Saint Sébastien’ de l’Albertina de Vienne, et
  4. « 1457 »: sur ‘La Sainte Cène’ du British Museum, pièce extraite d’une ‘Passion’ comprenant vingt six autres gravures.

Par convention, l’expression ‘incunable’ désigne les xylographies anonymes antérieures à 1500. Près de 3.000 de ces pièces sont parvenues jusqu’à nous. Infime reliquat au regard de la prolifique production d’origine.

Dans une très forte proportion (9 sur 10 disent certains spécialistes) ce sont des images de piété exécutées par des moines dans les nombreux monastères équipés d’ateliers de création, unis entre eux par des liens hiérarchiques sans frontières. Ceux de Cluny, Clairvaux, Cîteaux depuis la France; des ‘frères de la vie commune’ en Belgique; des Abbayes de Tergensee en Bavière et de Mondsee en Autriche; des nombreux cloîtres de Cologne, Nuremberg, Salzbourg et des bords du Rhin, une véritable rue des moines…

Évocations de scènes de la Passion de Jésus, effigies de la Mère de Dieu et des Saints Patrons, illustrations des Évangiles et de leurs variantes apocryphes, ces petites xylographies si prisées de nos jours sont loin d’être considérées en leur temps comme de véritables œuvres de collections et les multiples usages qu’on en fait alors ne les destinent pas à une longue durée de vie.

Utilisées pour l’évangélisation, vendues aux nombreux pèlerinages, aux foires et aux portes des cloîtres, cousues au revers des vêtements, accrochées sans protection aux murs des boutiques et des demeures, collées à l’intérieur des petits coffrets portatifs en guise d’oratoire pour dire les prières d’un voyage, appliquées sur les pages de garde de manuscrits ou fixées contre les plats intérieurs de leurs reliures, enfouies dans les tombes,…on prête à ces images de grâce le pouvoir de protéger contre le malheur, l’accident, la mort précoce ou de repousser les forces du mal. L’achat d’une de ces petites feuilles volantes est censé assurer au pèlerin une réduction des peines ‘post mortem’, proportionnelle à l’importance de la somme versée.

Selon une croyance alors profondément ancrée dans les consciences, chaque saint à le pouvoir de guérir un mal précis ou de protéger une catégorie définie de fidèles. Ainsi, une effigie de Saint-Roch ou de Saint-Sébastien évite la peste. Saint-Apollinaire guérit du mal de dents, Saint-Benoît sauve de l’empoisonnement, Saint-Christophe préserve de la mort subite, Saint-Florent et Sainte-Barbe éloignent l’incendie, Saint-Michel accorde une mort clémente. De son côté, Saint-Denis dissipe du mal de tête et Saint-Erasme préviens des douleurs des entrailles. En Angleterre, un Saint-Valentin porte bonheur aux fiancés, et tout voyageur, soldat ou chevalier ne doit pas se séparer de son Saint-Georges pendant ses randonnées…

D’abord limitées aux seules basiliques romaines, ces ‘indulgences’ prennent une extension considérable sous le règne de Boniface IX et jusqu’à la veille de la Réforme protestante, en s’étendant à de nombreux sanctuaires occidentaux.

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