Les critiques d’art voyagent-ils assez?

Quoi…? Nos amis critiques, grands découvreurs, réputés et influents, ne voyagent pas assez? Eh oui, à regarder leurs choix et l’exposition de l’année 2011 qui leur a semblée la plus remarquable, on se dit que, mondialisation de l’art ou pas, les habitudes locales ont la vie dure…

Certes, l’Italienne Daniele Perra a adoré la retrospective du Bulgare Nedko Solakov. Mais elle était présentée à la Fondazione Galleria Civica de Trento. ET c’est à Venise qu’elle a découvert Serena Vestrucci, qui l’impressionne « par sa capacité à questionner le système de l’art et ses mécanismes, sans aller dans la provocation facile dont certains abusent ».

Pour Richard Dorment et Andrew Graham-Dixon, tous deux du Daily Telegraph de Londres, l’exposition de l’année ne saurait être que « Leonard de Vinci » à la National Gallery de Londres. Andrew Graham-Dixon ajoute « Afghanistan: Crossroads of the Ancient World » au British Museum et « Degas and the Ballet » à la Royal Academy. Richard Dorment ajoute une autre exposition de la National Gallery, « Jan Gossaert’s Renaissance ». Ses seules visites loin de la Tamise ont été à Paris, au Grand Palais pour les collections des Stein et au Musée d’Orsay pour Manet: rien vraiment de trop aventureux.

Sean O’hagan, critique photo du Guardian, privilégie la rétrospective Paul Graham à la Whitechapel -à Londres toujours. Et ses découvertes de l’année sont aussi britaniques: Chloe Dewe Mathews; et côté peinture, George Shaw. So British!

A New York, on aime principalement ce qui se passe à Manhattan. Pour Roberta Smith, du New York Times, les expositions de l’année ont été celles de David Hammons à la galerie L&M Arts, de Christian Marclay à la Paula Cooper Gallery et d’Ellsworth Kelly chez Matthew Marks: trois artistes nord-américains dans trois galeries new-yorkaises! Mais pas Maurizio Cattelan au Guggenheim, qu’elle a éreinté. Jerry Saltz, du New York Magazine, a aussi choisi « The Clock », de Marclay, et classe aux places suivantes de son palmarès la rétrospective de William de Kooning au MoMA et d’Alexander McQueen au Metropolitan Museum. Tout cela ne nous éloigne toujours pas de l’East River.

Holland Cotter, aussi du New York Times, porte un jugement sévère sur sa ville: « Si l’on considère que New York compte des centaines de galeries, et des centaines et des centaines de nouvelles expositions chaque année, le niveau de stimulation était bas ».

Dans ce cas, pourquoi ne pas aller voir ailleurs? C’est ce qu’a fait Robert Storr, commissaire général de la Biennale de Venise en 2007. Son premier choix est new-yorkais, mais singulier. Le plus important pour lui a été l’ouverture des salles d’art islamique du Metropolitan. Ses autres choix sont ceux d’un voyageur. A Londres, il a été impressionné par la rétrospective de Gerhard Richter à la Tate Modern -que ne cite cependant aucun critique britannique…Mais sa meilleure surprise il l’a eue à Bologne, au Musée d’art moderne, avec les vidéos, performances et installations du collectif Zimmer Frei.

Et pour un autre voyageur, Philippe Dagen, du Monde, son choix sont la rétrospective Richter à la Tate Modern, la Biennale de Lyon, les paysages de Max Beckmann au Kunstmuseum de Bâle, « Danser sa vie » au Centre Pompidou de Paris et la rétrospective de Marc Desgrandchamps au Musée d’Art moderne de la Ville de Paris.

Je ne partage pas tout-à-fait certains choix faits par ces deux derniers, au moins pour des expositions qu’ils indiquent et que j’ai visitées, mais malgré tout je salue son esprit d’ouverture, surtout en comparaison au nombrilisme de certains des ses collègues. Voyagez Messieurs et Mesdames les critiques, voyagez!

Pas de commentaires

Commenter

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.
Les champs obligatoires sont marqués avec:


Vous pouvez utiliser ces tags HTML et des attributs: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>