Manet et autres techniques de gravure

Comme indiqué dans un article précédent, un grand nombre des eaux-fortes de Manet, dans leurs derniers états, sont plus ou moins mélangées d’aquatinte.

C’est dans cette manière qu’il grava le Torero mort, fragment d’un tableau exposé en 1864 et détruit partiellement à son retour dans l’atelier. Son autre envoi au Salon de 1864, Les Anges au Tombeau du Christ, a encore été interprété par lui dans une planche, demeurée inédite de son vivant comme d’autres d’après le Liseur et le Lapin. Les cuivres de ces deux dernières gravures furent perdus ou détruits, ainsi qu’une dizaine d’autres qui ont été si peu tirées que les épreuves en sont devenues presque introuvables.

Édouard Manet, "Les Anges au Tombeau du Christ", eau-forte et aquatinte, 1866

Édouard Manet, « Les Anges au Tombeau du Christ », eau-forte et aquatinte, 1866

Parmi les pièces qui n’ont jamais été éditées de son vivant et dont la matrice avait disparu, il faut encore citer deux portraits de M. Manet père, datés l’un de 1860, l’autre de 1861. Un portrait de M. Bracquemond, dont celui-ci conserva le cuivre, n’en existe que trois ou quatre épreuves. C’est une esquisse exécutée par Manet sur les indications de son modèle et d’après un procédé inventé par lui, qui consiste à tracer sur le métal nu un dessin à l’encre et à le recouvrir ensuite d’un léger vernis que l’encre fait sauter au contact de l’eau-forte.

Il existe aussi deux croquis faits par Manet avec un pinceau trempé d’encre autographique et reportés ensuite sur pierre : Au paradis et Le Café. En 1875, il exécuta de même, pour la traduction par Stéphane Mallarmé du Corbeau d’Edgar Allan Poe, quatre grandes compositions et un cul de lampe ou ex-libris. Cette édition du Corbeau, parue chez l’éditeur Lesclide, fut annoncée dans les librairies par des affiches illustrées d’une tête de corbeau de profil, Manet l’avait d’abord dessinée de face. Il existe quelques rares épreuves de cette variante abandonnée. Cet essai avait été reporté sur la même pierre qu’une série de croquis de l’artiste d’après un petit chien, et cette planche composite contient aussi un fragment d’alphabet japonais introduit sans doute par l’imprimeur pour utiliser un vide. La date exacte de la pièce est janvier 1875.

Il est important aussi de ne pas confondre les lithographies avec un certain nombre de dessins originaux reproduits par des procédés photographiques, tels que le portrait de Courbet, paru dans le volume de Henri d’Ideville sur cet artiste ; le portrait de Claude Monet, publié en tête du catalogue de son exposition de 1880 à La Vie Moderne ; ou bien encore quelques croquis d’après ses tableaux ou d’après nature donnés à différentes publications telles que l’Album autographique, La Vie Moderne, le Type, etc.

Restent à mentionner des bois dessinés par Manet, mais non point gravés par lui-même. C’est d’abord une suite de quatre vignettes pour l’Après-midi d’un faune, de Mallarmé. Puis, quatre pièces isolées : Olympia, la Parisienne, un portrait de Mme. De Callias, et le Chemin de fer. La Parisienne a paru, en mars 1874, dans Le Monde Nouveau. Les autres, à peu près inédits, illustrent les deux éditions de l’Histoire de Manet par M. Duret.

Et jusqu’ici le parcours du Manet graveur et sa relation avec les techniques de l’eau-forte, la lithographie, l’aquatinte, le gillotage et la xylographie. Un grand peintre et un grand graveur. Encore à découvrir…

Pas de commentaires

Commenter

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée.
Les champs obligatoires sont marqués avec:


Vous pouvez utiliser ces tags HTML et des attributs: <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <s> <strike> <strong>