A.R. Penck viens de disparaître

A.R. Penck viens de disparaître

A.R. Penck, Ralf Winkler de son vrai nom, mort mardi 2 mai à Zurich à l’âge de 77 ans, a lui aussi longtemps cherché sa place au milieu des affres de l’histoire de l’Allemagne dans l’après-guerre. Né à Dresde en 1939, il grandit dans une ville dévastée par les bombardements. Devenu artiste, sans être diplômé d’aucune école après avoir successivement raté les concours d’entrées des Beaux-arts de Berlin et de Dresde, s’affranchissant de la mode et de la norme du réalisme socialiste, il est inquiété à plusieurs reprises par les autorités est-allemandes, au point qu’il prend le pseudonyme d’A.R Penck, un nom programmatique puisqu’il est celui d’un géologue, Albrecht Penck (1858-1945), grand spécialiste de l’ère glaciaire.

L’artiste se tourne vers les formes simples de l’art pariétal, une manière pour lui de prendre du recul ou de remettre les choses à zéro : «Je devais, expliqua-t-il, me frayer un chemin à travers beaucoup de couches d’information, au travers de toute l’histoire de l’art ; c’est ainsi que j’ai buté sur l’ère glaciaire de la peinture des cavernes.» Dès lors, il adopte son propre système d’expression et de communication, un répertoire de signes, d’inscriptions, de pictogrammes qui témoignent de l’ambition de l’artiste de s’adresser au plus grand nombre et d’inventer un langage universel. S’il y a dans ces peintures codées, espèces de grands rébus au graphisme aussi rudimentaire que la palette (longtemps réduite à des teintes terreuses, ou au noir et blanc), un penchant pour les arts premiers et l’art brut, il y a aussi la trace d’une fascination pour les théories de l’information et de la cybernétique, en plein essor dans les années 60. Ses compositions préfèrent le chaos et une touche impulsive mais il s’escrime manifestement et joyeusement à y trouver un fil.

En 1980, Penck passe en Allemagne de l’Ouest, où sa peinture est déjà reconnue, ainsi qu’en France d’ailleurs, puisque ses premières grandes expos dans l’hexagone se déroulent au CAPC de Bordeaux en 1980 et au Musée d’art moderne de la Ville de Paris, l’année suivante. A cette époque, Penck est désormais associé à toute une génération de peintres allemands (Lüpertz, Immendorf, Baselitz) réunis sous l’étiquette du «nouvel expressionnisme allemand» ou encore celle de «nouveaux fauves». D’un pinceau fougueux, ils se débarrassent sur la toile des affres de l’histoire allemande récente. L’œuvre de Penck est moins linéaire que ce qu’on en a dit. Et la rétrospective que la Fondation Maeght lui consacre jusqu’au 18 juin), en déployant les sculptures, silhouettes totémiques en bois ou en bronze, au côté des toiles, donne l’occasion de s’en convaincre. Son titre Rites de passage, dit assez comment Penck concevait son œuvre. Comme un parcours d’étapes à la fois magiques et tangibles.

Ses personnages filiformes et schématiques, réduits très simplement à des bâtonnets, font face, dans des toiles saturées de formes, de signes et de créatures, à des situations périlleuses et tumultueuses. Ils semblent occupés à chercher leur place au cœur du tableau et au-delà, dans le monde et dans l’Histoire.

A.R. Penck est aussi représenté dans les fonds de la Collection Gelonch-Viladegut.

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